Société

Nous savons tous que l’homme sait, veut, peut, en a l’instinct, vivre en société, comme le singe après tout et comme beaucoup d’autres animaux. Mais les hommes sont capables de faire ce que les animaux se refusent à faire, par exemple, ils peuvent partager un espace, l’investir et y construire chacun d’eux, en général par groupe familial, leur abri, leur case, leur maison, et malgré cette proximité s’ignorer, se fâcher et ne plus s’adresser la parole, ou tout simplement se tenir à distance à cause de différences de style, de vie, de religion de classe, etc. Qu’est-ce qu’une société chez les hommes, certainement pas une communauté, ou en tout cas ce qu’ils mettent en commun est fait de choses utilitaires (la salle des fêtes, la route, la poste, l’entretien des caniveaux etc…) et certainement pas de choses humaines, excepté peut-être lorsque leur village est menacé par une catastrophe naturelle, oui, à ce moment là, ils semblent réaliser le prix de la vie et s’organisent pour porter secours par empathie, par morale, par élan du coeur, comme ils disent, ou parce que c’est interdit de ne pas porter secours.

L’organisation des groupes humains est si difficile que peu nombreux sont les ethnies qui ont échappé à la nécessité de mettre en place un système de direction, un appareil d’état en somme, avec son grand chef et ses ministres. Lorsqu’on a la vision d’une organisation « étatique » d’une conception de devoir instaurer une autorité systémique, c’est parce qu’on a constaté que sans système, l’ordre, le respect des règles, le respect des autres, etc, ne peuvent s’établir par eux-mêmes, c’est à dire par la discipline et la volonté de chacun, alors on va déléguer, élire des personnes supposées être compétentes, supposées viser le même horizon, supposées sortir de la même classe, supposées de confiance, etc.

Tout le monde exprimera son vœu de changement de cette société humaine, devenue maintenant une méga-société mondialisée, que tu, que nous appelons le « monde », mais personne ne veut se changer soi-même, on fera semblant d’être conscient de la nécessité de changer soi-même, mais on ne saura pas comment ni en quoi, et puis que le voisin commence à changer d’abord.

Cela s’appelle une société, on est bien d’accord ? Mais est-ce que cela peut s’appeler une communauté, certainement pas à mes yeux. La communauté c’est autre chose, c’est difficile, cela demande de l’autonomie individuelle, cela demande une haute conscience de ce que l’on fait, cela demande une présence d’esprit de chaque instant afin de ne jamais oublier que commettre un acte, une pensée, qui ne s’inscrit pas dans l’intérêt de tous est un acte qui menace ce « tous ». C’est cela une communauté, tout d’abord une communauté d’esprit, de conscience et de cœur, mais il manque encore quelque chose que je vais taire pour le moment, pour te laisser écrire la fin de mon message, par esprit de communauté, enfin à toi ou quelqu’un d’autre.

Femme libérée

Les mécanismes qui ont installé la domination de l’homme sur la femme ne sont pas de l’ordre de la pensée ordinaire, de la morale, des conventions etc.

Ils remontent aussi loin dans notre histoire que les mécanismes du placebo, qui eux-mêmes ont commencé à se constituer peu de temps avant les premiers « pas » du langage verbal. Nous ne pouvons pas contrôler ces mécanismes du placebo par une volonté de croire ou de ne pas croire, et c’est vrai autant pour le souffrant que pour le médecin. L’ancêtre du médecin, le chaman, devait pour obtenir les effets espérés de son « traitement » se laisser absorber totalement dans sa cosmogonie, sa cosmologie, changer d’état de conscience, se sentir autre, comme un animal, comme son animal protecteur ou allié, perdre connaissance souvent, devant une assemblée spectatrice incapable de résister à l’attraction magnétique et mentale d’un tel phénomène. Le traitement était tout entier absorbé, par la pensée, par le groupe tribal, et tout entier validé par l’inconscient tribal.

La femelle est celle qui donne la vie, le mâle est celui qui sait donner la mort, avec des armes surtout.

La femelle s’est vue obligée de concéder, sa survie et celle de ses enfants ne lui donnaient pas le choix, elle n’a pu interdire l’entrée de sa hutte au mâle par besoin de lui, besoin pour féconder, besoin pour manger, besoin pour se protéger de tous les dangers extérieurs, y compris celui que présentait la proximité des autres mâles de son groupe. Toucher les armes lui était interdit, si elle était surprise à toucher une arme d’un chasseur, celui-ci pouvait l’accuser de lui avoir retirer son pouvoir et d’être rentré de la chasse bredouille pour cette raison. Toucher les armes étaient donc interdit, cela a contribué à enfoncer au plus profond des crânes la loi suivante, la femelle donne la vie, le mâle donne la mort. S’il y a eu dans l’histoire quelques exemples de femelles émancipées des hommes, il y a de fortes chances que ce soit parce qu’elles ont bravé l’interdit, qu’elles se sont emparées des armes et découvert que la femelle pouvait elle aussi donner la mort.

Il te faudra plus qu’un changement de mentalité pour te libérer femme, il te faudra plus qu’un changement des lois et des habitudes pour te libérer femme, il te faudra plus qu’une nouvelle éducation, plus que deux ou trois générations pour renverser les lois de l’inconscient qui y sont gravées depuis des centaines de milliers d’années, il te faudra intégrer que tu peux donner la mort, comme lui, il te faudra être capable d’être une menace pour celui qui te menace.

L’impuissance de l’homme passera par la puissance de la femme.

L’homme, descend t-il du singe ?

Comme c’est étrange ce qui peut séparer les hommes, quelques idées sur les choses de la vie, quelle est l’origine de l’homme ? Ou quel est le prix de vos pommes de terre ? Croyez-vous en dieu, aux fantômes, à la vie éternelle, à la réincarnation, croyez-vous que la vache est un animal sacré, ou que le christ ait vraiment existé ? Croyez-vous que nous pourrions devenir amis si vous êtes croyant et moi non croyant ?

Croyez-vous que nous pouvons nous comprendre si vous êtes homo et moi hétéro ?

La liste est sans fin, autant de raisons de mépriser l’autre, ce matin j’écoutais, à la radio, une émission sur le siège de Sarajevo, ils parlaient à un moment donné de ce couple, elle, Musulmane, lui Serbe, je me souviens avoir vu ces images de ce couple il y a plus de vingt ans, ils décidèrent de quitter ensemble la ville assiégée, les Bosniaques les laissèrent passer sur ce pont, arrivés au milieu il reçurent une rafale des automatiques, lui, tomba tout de suite, elle, blessée rampa jusqu’à son corps et mourut sur lui, ils venaient de s’embrasser, des hommes ont osé tirer sur un couple qui s’embrassait au beau milieu de deux forces armées.

Mais la grande question maintenant, de quoi descend t-il cet homme ?

Ma petite fille qui passait derrière mon dos et qui m’entendit murmurer cette question me dit dans l’oreille : on s’en fout papy de quoi il descend, la vraie question, c’est vers où il veut monter.

L’homme politique est né

Tu vois cette assemblée de gens qui semblent discuter en braillant et qui sont à la lisière de la mêlée de corps choqués et blessés ?

Un désaccord s’est manifesté entre deux chefs de famille (ça aurait pu tout aussi bien être entre un chef et une cheffe ou en deux cheffes) habitant des huttes de pailles éloignées de vingt pas l’une de l’autre. Ils ont commencé par se gueuler dessus en raison d’un problème d’eau, la compagne de l’un aurait puiser dans le puits commun plus que le quota fixé pour des raisons d’économie de l’eau. Et puis à chaque grand coup de gueule arrivait, qui la compagne, qui le cousin, qui le père de la compagne, qui son fils, etc etc. Au bout d’une petite demi heure, tout le village était sur la place, il y avait deux factions, une pour les membres de la hutte de l’est, une autre pour ceux de la hutte de l’ouest, et puis il y avait un petit groupe resté à l’écart, ou parce qu’ils se foutaient du problème ou parce qu’ils avaient vu venir la décomposition du semblant d’harmonie qui régnait jusque là dans le village. Il faut te dire que tous ces gens étaient plus ou moins tous de la même famille, une certaine petite dose admise de consanguinité circulait dans leurs veines.

La dispute, qui se contentait jusque là, d’insultes en tout genre et de menaces sanguinolentes allait tourner au pugilat, que dis-je, au massacre général, lorsque arriva un vieil homme dont tout le monde avait presque oublié l’existence, il avançait en tapant sur une peau de chèvre tendue sur un arceau et en criant des : »hop !hop !hop! », ce qui eut un effet sidérant sur la masse de membres non identifiables, je veux dire qu’à ce stade là, malin aurait été celui qui pouvait revendiquer un pied ou une jambe comme son appartenance propre.

L’homme s’étant approché cessa de taper comme une brute sur son tambour et se mit à crier, non pas de colère, mais tout simplement parce qu’il voulait se faire entendre malgré le tumulte des bêtes humaines qui prenaient le crâne le plus proche comme un défouloir musical.

— Hop Hop! arrêter de vous disputer, j’ai la solution, on va parler ensemble et réfléchir au moyen de mesurer l’eau afin que ne s’écoule pas une goutte de plus dans vos vases que ce qui est prévu par la quota, un système automatique qui coupera la vanne dès que le volume a été tiré, qu’en pensez-vous hein ?

Ils s’extirpèrent un à un de la pelote que leur corps avait formée et esquissèrent un sourire timide, au début, puis un rire plus débridé et jovial qui me rappela celui que j’ai souvent vu sur la femme quelques minutes après sa délivrance, lorsque les souvenirs de la douleur s’évanouissent peu à peu, laissant la place au plaisir mérité de la récompense.

Ils venaient de découvrir l’homme politique, un concept, une idée, une solution pour ne pas fnir par s’entre-tuer, un rêve de paix, une illusion de bonheur et de bon sens, l’homme politique était né.

Histoire de… suite.

« Que dans certaines circonstances la foi béatifie, que la béatitude ne fait pas encore d’une idée fixe une idée vraie, que loin de déplacer les montagnes la foi pourrait bien en placer là où il n’y en a pas… ». 

L’antéchrist. Nietzsche.

J’allais au gré de mes certitudes

Autant de phares sur une mer incertaine

Lorsque les lumières se sont éteintes

La mer est restée sereine.

Ses yeux brillaient de malice. Un sourire large et généreux resplendissait comme une fontaine de jets d’eau au milieu d’un jardin de roses blanches comme ses dents. Il n’était pas question que je le laisse jouer au chat et à la souris avec moi.

Le verbe aimer se conjugue de tellement de façons. Peut-être que le meilleur moyen de donner « sa » paix aux autres est de leur ficher la paix. Soit ! Il a dit cela ! Il a dit qu’il donnait sa paix, l’as-tu reçue ?

Je me sentais plus paisible depuis que je pouvais « croire ». La foi me portait en avant. C’est ce que je lui répondis sans hésitation.

Ah, tu viens de prononcer un mot intéressant, « la foi » ! Si je te suis bien, la paix n’est plus seulement une question d’amour, mais elle peut découler de la foi ! En fait, en t’accordant la possibilité de croire en une dimension divine tu t’es offert plus de sérénité. C’est donc qu’en place de cet « amour » nécessaire, il y a la décision de croire. Tu as trouvé finalement le père universel qui donne son amour sans compter ! Dit-il en éclatant de rire.

Mais c’est quoi votre définition de l’amour ? Lui rétorquai-je avec impatience.

Je n’en ai pas ! Je sais seulement reconnaître ce qui a la couleur et le goût de l’amour, mais qui n’en est pas ! Par exemple, là où il y a atteinte aux libertés, ce ne peut être de l’amour. Je vois au moins deux façons d’aimer. Celle qui veut s’approprier, et là c’est pour nos propres sensations que l’on se décide à aimer. Bien qu’on affirme le contraire. Si j’ai besoin de ce que j’aime, c’est que mon amour est suspect. Et il y a l’autre, celle qui libère et tient en liberté. Aimer c’est affranchir. Tu as parlé de foi tout à l’heure, il me semble que la phrase la plus importante que Jésus ait prononcée est celle-ci : « … ta foi t’a sauvé… ». Tu t’en souviens ? Que voulait-il dire ?

Je ne sais pas… Est-ce une forme de récompense ? Non, ça ne colle pas ! Dites-moi !

Oui ça serait pratique hein, s’il suffisait d’avoir la foi pour guérir. A moins que ce ne soit une question de qualité ou de quantité de foi. C’est une parole de liberté. « Ce n’est pas moi qui t’ai guéri, mais ce que tu as choisi de placer en ton esprit !». Le pouvoir serait-il donc dans nos pensées ? Celles qui nous rendent malades comme celles qui nous soignent. ? Moi, je choisis de placer la foi en moi-même, ainsi personne ne sera responsable de ma personne. Comment pourrai-je être libre si j’accepte qu’un tiers soit responsable de ma personne ? Un poète aviateur (A. De St Exupéry, Le petit Prince) a dit dans un de ces livres : « On est responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise ». Le verbe « apprivoiser » est bien synonyme du verbe « attacher » et du verbe « dénaturer ». L’amour, il se reconnaît à cela, qu’il veut libérer ; si tu parviens à t’aimer correctement, tu es libre !

Raison ou folie

-> Est-il vrai que dans toutes choses existe un peu de sagesse, et pourquoi ce grain de sagesse rend les choses plus folles ? La folie naît ainsi de la sagesse mais comment une chose peut-elle naître de son contraire ? La sagesse ne serait-elle qu’une autre folie ?(InstantEternité)

 

— Mais on ne sait pas encore ce que l’on désigne sous ces termes.

La sagesse, n’est-elle pas dans le fait que l’on est capable de discerner ce qu’il y a de folie dans nos actes (la pensée est encore un acte)?

Si c’est le cas, il faut répondre non. Car dans le moment où je suis habité et mû par la sagesse je suis empli de lucidité, si la lucidité est possible et si elle est un champ ondulaire exempt de particules de folies, elle est donc le moyen de ma sagesse.

Le souci, car il faut bien qu’il y en ait un, c’est que la pensée n’est pas une production intègre, elle charie toujours des « corps étrangers », lorsque l’espace entre ces corps est assez distant, on ne les remarque pas, ni celui qui pense, ni celui qui écoute le discours mis en forme qui découle de la pensée.

Mais lorqu’il y a trop de « corps étrangers », la pensée perd de sa fluidité, de son énergie, et se comporte comme un véhicule conduit par un homme/femme qui a pris un verre de trop.

Dans ce cas, même lorsque le discours semble se fonder sur la « raison rigoureuse », pour ne pas dire la « raison pure », un auditeur attentif s’apercevra des failles et pourra se glisser dans les « fibres argumentaires » utilisées pour mieux les « ronger » (c’est une image) si telle est son intention. Ou faire semblant de ne pas les voir, parce que l’ensemble du discours proposé sert quelques intérêts tapis dans l’ombre de sa conscience.

1. Si l’on considère le « matériau » de la sagesse et de la folie, comme un matériau lisse et dense, impénétrable et inséquable, on doit aussi considérer que la sagesse est par conséquent totalement exonérée de folie et la folie totalement exonérée de sagesse. Ce seraient deux états, non pas contraires, mais opposés, comme la guerre et la paix, et l’on basculerait de l’un à l’autre au gré des courants qui entraînent nos pensées.

2. Si l’on considère ces « matériaux » comme non lisses et non denses, ils seraient donc toujours mêlés d’une proportion de l’un dans l’autre, une proportion toujours différente selon les situations. Dans ce cas, il est possible de voir une quantité de folie dans la sagesse, comme l’inverse.(Juan)

— Soit on considère que la folie et la sagesse n’existent qu’en tant qu’idées ou concepts, en marge (intellectualisée) du réel, soit on considère que dans ce réel il n’existe que des comportments plus ou moins fous et sages… (Blaquière)

— Oui, d’une façon très simplifiée et peut-être trop concise, je pense que la folie est une déraison ou une difficulté à produire de la raison, et que la sagesse est une facilité à produire de la raison.

On peut difficilement imaginer qu’elles (la raison et la déraison) opèrent d’une manière isolée l’une de l’autre. Elles sont, selon moi, aussi liées que le sable dans les deux parties d’un sablier, qu’une main intempestive retourne au gré de ses passions et de ses peurs.(Juan)

— Je suis plutôt d’accord avec votre 2ème hypothèse. Car la sagesse ou la folie n’ont pas de sens en tant que des concepts absolus, elles ne prennent un sens que si elles sont exprimées à travers une chose, à travers un acte.

J’ai un début de réponse à la question « Pourquoi un grain de sagesse dans une chose rend-elle la chose plus folle ? » -> C’est parce que ce grain de sagesse crée une dynamique dans cette chose, cela casse son équilibre sagesse/folie tout en la rendant « tumultueuse ». Pour moi c’est le résultat d’une manifestation de la volonté de puissance sur cette chose.(InstantEternité)

— Je ne sais pas, je doute. Ce n’est pas comme cela que je vis les choses.

Une chose ? Que peut-être cette chose ? Un raisonnement, une pensée distraite, un rêve, une émotion ?

Comme je vous l’ai fait savoir plusieurs fois, je ne philosophe qu’à partir de mon observation de ce qui se passe en mon cerveau. Et que se passe-t-il dans mon cerveau et dans les autres ? Tout d’abord des remous agités par les peurs, des états de surprise en général, des réactions, donc des émotions, donc des hormones.(Juan)

Pour moi, ce sont ces phénomènes biologiques qui produisent des champs de « folie ». pour les endiguer, les contenir ou les anéantir, il me faut faire appel effectivement à une volonté de puissance, celle-ci, et pour ce qui me concerne, ne fera appel (et toujours) qu’à la raison, une raison nette et transcendale.

Cette raison est la seule arme que je connaisse contre la folie, elle traque, elle rêve, elle est habitée d’une âme puissante qui est l’intention inflexible de maintenir un état non-réactif.

C’est un défi presque insoutenable d’extraire toute folie de nos actes, acter et réagir sont des opposés, la réaction est l’utérus de la folie, il faut saisir la troisième dimension mentale pour s’évader de ces systèmes binaires.

Tâchons d’être précis. Pour vous, la sagesse est elle la raison ? (Zerethoustre)

— Non la sagesse n’est pas la raison mais le produit d’une démarche rationnelle exigeante et rigoureuse.

Sachant qu’une démarche rationnelle exigeante et rigoureuse rejoint la déraison si elle n’est pas guidée par la charité, au sens étymologique de ce terme, c’est à dire ce qui émane du « coeur ». (Juan)

— Pourquoi la raison serait-elle la voie ? Parce qu’elle est celle du plus fort ?(Brooder)

— Non, ce n’est pas pour moi celle du plus fort, mais celle du plus juste.

Le plus juste, saurait-il être comparé au plus fort ?

Absolument non, je plus juste ne se mesure à personne.

Pourquoi dans les faits ?

Je pourrais me contenter de répondre, que la raison incline à l’économie en tout.

En bref, elle évite beaucoup de problèmes pour soi comme pour ceux qui nous accompagnent.

L’évitement des problèmes est encore l’évitement des solutions, voila comme je vois le sens de l’économie.

 

Zarathoustra

Chez moi, on interdisait de lire jusqu’à apporter la preuve que l’on était en mesure de défendre avec des arguments bien présentés une représentation du monde, et ensuite il fallait apporter avec d’autres arguments, tout autant bien « ficelés » les moyens de pulvériser la première représentation.

Cette condition une fois remplie (ce qui demandait des années), on avait la liberté de lire tout ce qu’on voulait, tout ce qui pouvait attirer notre attention. Personnellement, je n’ai pas réussi à lire beaucoup d’ouvrages, et ce que je lisais finissait sur le sol comme de la poussière  que les serviteurs ne tardaient pas à ramasser et jeter dans la cour.

Zarathoustra mise à part, et pour une raison simple, je m’étais échappé le jour de mes 14 ans, pour me réfugier toute une après-midi dans une librairie qui se trouvait à quelques pâtés de maison de notre fief. Comme c’était interdit, je devais faire vite pour trouver  le livre qui emporterait ma candeur, au moment où j’allais abandonner, un livre qui se situait sur une rangée bien trop haute pour que je l’aperçusse me tomba sur la tête en me faisant mal. Je crus là voir un signe venu droit du ciel, je me saisis du livre le plus vite que je pouvais et m’enfuis de la boutique sans payer. Il resta caché dans la poche de mon veston pendant trois ans, et pendant ces trois années je le savourai en silence et avec délice.

Histoire de… suite

Je ne répondis pas tout de suite, ce qu’il venait de dire me ramena à ma gitane. Elle avait ajouté en m’offrant son livre : « tu verras ! Tu y trouveras l’aide dont tu as besoin, lis-le je t’en prie ! ».

Etonné de cette générosité j’avais répété trois fois au moins « merci madame ». Cette femme m’inquiétait par sa démarche inhabituelle. Je n’ai pas attendu davantage pour reprendre la direction de l’appartement que « la famille » occupait cité du Grand Verger.

S’il y avait un sujet qui m’intéressait, c’était bien celui-là. Il me tendait la perche le « bougre ». Depuis des mois je potassais quotidiennement ce bouquin. J’étais sûr d’en connaître la matière. Je me sentais porté par le costume d’un théologien.

Bah, je l’emmène partout avec moi, je crois bien que oui, j’y trouve des réponses par tonne, vous connaissez je suppose ?

Il fit comme s’il n’avait pas entendu ma question et enchaîna sur ces mots.

« Ah bon ! Il y a tant de questions que cela dans ta tête ?  Comme par exemple ?».

Je décidai de l’imiter en ignorant la seconde partie de sa question.

Je pose le livre sur une pierre, le vent tourne les pages à son gré. Lorsqu’une page reste ouverte quelques secondes je la lis. Je trouve toujours la réponse à une de mes questions en cet instant. Est-ce qu’à votre âge on ne se pose plus de question Monsieur ?

Mes mots méritaient sans doute le large sourire dont il me gratifia, bien que je ne visse pas ce qu’il y avait de drôle dans mes propos.

A mon âge, je l’espère, on ne cherche plus les réponses dans un livre. Mais sans doute as-tu raison, on ne se pose plus beaucoup de question. On reçoit la vie d’instant en instant, conscient qu’on ne dispose que de ce temps là.

 — Je connais des tas de personnes de votre âge qui ne savent pas faire ce que vous dites, alors, ils feraient mieux de se poser les bonnes questions. Ils sont souvent prétentieux et arrogants, croient avoir tout compris de ce monde et de la vie. 

J’étais assez fier de cette répartie et me réjouissais par avance de voir comment il allait se tirer de cette estocade.

Deux rapaces tournoyaient au-dessus de nos têtes. L’épaisse chaleur que les rochers restituaient au soleil et à l’atmosphère rythmait leurs rares mouvements d’ailes. Ils surfaient leur danse sur des vagues d’air chaud et de lumière. Ma passion pour les oiseaux, surtout les rapaces, m’avait entraîné ailleurs, plus haut dans le ciel. Je suivais maintenant le fil d’une conversation céleste prononcée du bout des plumes. Lui, gardait le silence et son regard bondissait comme un yoyo des buses à mes yeux. En haut, il ne semblait pas y avoir de vent. Le mistral se réservait pour les marcheurs sur deux pieds et plus. Les rapaces ne voulaient pas danser plus loin, ils stationnèrent au-dessus de nos têtes comme pour assister à la scène qui nous concernait. Plus de dix minutes s’écoulèrent ainsi lorsque le son de sa voix me fit atterrir.

« Peut-être qu’eux aussi se posent des questions…. Peut-être bien sur nous deux… ». Ces suggestions étaient encore cuisinées à la sauce « sourire provençal » aux olives noires comme ses yeux. Puis il continua. «… Et quel genre de question un vieux comme moi devrait se poser selon le jeune homme que tu es ? ».

Je pris mon souffle comme pour sauter avant de lui répondre. Son intérêt pour mes préoccupations intellectuelles me parut sincère, la conversation avec cet homme s’annonçait légère et agréable. Cela me grisait de pouvoir nourrir ma réflexion sur tout ce qui touchait de prés ou de loin aux affaires mystiques ou religieuses.

Le monde réel (3) déjà publié

Ainsi, nous avons construit un environnement pour protéger nos rêves et cette construction complexe faite de morale, de pseudo sciences, de pseudo raison, etc, est le monde confiné que nous avons dressé afin de protéger notre univers mental qui s’est fait comme un jeu de miroir où les « je » multiples se confondent et se perdent.

Le Tonal a inventé le Nagual, nous faisons du rêve en permanence, ça ce n’est pas anormal, mais ce qui l’est, c’est que nous confondons nos rêves avec la « réalité ».

Histoire de… (suite)

« Belle journée pour marcher en solitaire, n’est-ce pas? » me lança-t-il comme pour démarrer une conversation ou me rassurer.

« Oui, j’aime bien la solitude, lui répondis-je, et j’adore cet endroit perdu ! ».

Les endroits perdus sont bons pour trouver son chemin, n’est-ce pas?

Il s’assit sur une pierre, presque en face de moi et me proposa sa gourde. Je la refusai en le remerciant car je préférais endurer la soif plutôt que de boire à un goulot étranger. Il me rendit ma politesse avec un sourire qui remontait jusqu’aux oreilles. Ce sourire, c’était évident, ressemblait à une moquerie mais je n’en laissai rien paraître. Nous restâmes de longues minutes à nous regarder dans les yeux sans prononcer un mot. Moi, parce que je nourrissais une suspicion à son égard : que pouvait bien vouloir cet homme mûr à un adolescent qui semblait un peu perdu dans sa tête en un lieu tout aussi perdu ? Et lui visiblement, profitait de ce dialogue muet pour m’explorer plus profondément. Il me fit penser dans cet instant à un médecin détaillant le patient qui entre dans son cabinet. Ses yeux ne cessaient de sauter d’un point à l’autre de mon visage, d’une partie à l’autre de mon corps. Je me souviens d’avoir comparé son regard à celui de ces hommes qui se battent contre le courant des rivières, un tamis entre les mains fixant le fond caillouteux espérant voir surgir de l’eau la pépite d’or tant convoitée. Comme on chasse le papillon exceptionnel, celui qui d’un coup d’aile reposera dans un ordre nouveau toute une vie éparpillée dans les traverses des cités, de ces cités qui nous dérobent nos intimités pour les fondre en une seule, celle du citoyen.

Le papillon, il le saisit enfin. Je le compris tout de suite lorsque je vis ses yeux rivés sur un petit morceau du livre qui dépassait de la poche de mon gilet. Suffisamment pour qu’on puisse en lire l’intitulé. En ce temps là je trempais jusqu’au cou dans les évangiles. Une femme rencontrée quelques mois plus tôt alors que je m’étais enfui de la maison, m’avait accroché sur le trottoir. Sortant de je ne sais où, elle avait posé sa main sur mon épaule pendant que je contemplais un magnifique écureuil qui se croyait à Luna-park et faisait tourner à toute vitesse la grande roue de sa cage. Je me sentis si proche de lui. J’étais bien comme cet écureuil, aussi prisonnier que lui et j’eus envie de  l’ouvrir cette porte, le libérer m’aurait donné l’illusion de me libérer moi-même.

C’était un jour magique. J’étais cloué dans ma chambre par une tempête d’une grande violence. Interdiction de sortir le vélo de collection de mon père sous la pluie. Une autre tempête avait éclaté dans la « maison », avec ma mère, à cause de devoirs scolaires non effectués. Je tournais en rond comme un félin dans sa cage implorant  une météo plus clémente. Le ciel parut sensible à mon désespoir enfantin, car trente secondes seulement s’écoulèrent lorsque je vis un cercle bleu s’ouvrir à l’aplomb de la fenêtre. Le soleil s’invitait dans mon antre, l’ouverture dans les nuages ne semblait se créer que pour moi. Les rais se faufilèrent jusqu’à mon pardessus qui pendait à la porte. Je bondis sur mes jambes : «  Incroyable ! Il doit y avoir quelqu’un là-haut qui me voit ! ». Sans perdre une seconde j’ai enjambé le balconnet et sauté sur l’herbe un étage plus bas. Mon « cheval de fer » m’attendait sagement à la cave, un vélo unique, fait à la main, avec des vitesses automatiques. Je l’enfourchai et m’envolai dans les rues du quartier. J’allai sans but précis, l’essentiel étant de dépenser cette énergie qui menaçait d’exploser. C’est devant cette cage que je m’arrêtai, elle était là, sur la terrasse d’un café.

« Toi tu es malheureux ! ». Me dit-elle, lorsque je me retournai en suivant du regard sa main qui me touchait, jusqu’à son épaule puis sa bouche et enfin ses yeux.

Tu te drogues ! N’est-ce pas ?

Non, non vous vous trompez madame ! Je ne me drogue pas ! M’écriai-je surpris et gêné à cause des oreilles tout autour.

La gitane se trompait, j’ignorais tout des stupéfiants, mais elle avait vu clair sur ma tristesse et mon désarroi.

«  Tiens ! ». Me dit-elle en me tendant un livre bleu sorti d’un des pans de sa longue jupe sans doute…

« Tu viens donc lire les évangiles dans ces montagnes pelées ? »,  lança t-il vers moi avec un petit air de provocation là où les lèvres rappellent deux pétales de rose brillants de rosée.

«  Et y trouves-tu ce que tu cherches ? ».

Tu nous tiens ?

« Dire » est un exercice, « taire » en est un autre. Peu importe ce qu’on croit devoir ou vouloir dire, ce qui importe c’est l’art. On peut se laisser prendre par l’art dans toute tâche, même celle qui oblige à ne rien faire.

L’artisanat est au service de l’esthétique, l’art est au service d’un monde attendu, toujours en attente.

Si vous voulez dire ou taire, je vous/nous conseille de le faire en étant « saisi » par l’art, car vous, nous ou quiconque ne pouvons pas nous saisir de l’art, il vous/nous échappera, c’est lui qui doit nous saisir.

Histoire de… (déjà publié)

Je n’étais donc pas un enfant facile, désobéissant et rêveur, je renâclais à la tâche. Indiscipliné et turbulent, je mettais toujours trop de temps à comprendre. Le temps de l’école arriva, J’ai traversé ces années de maternelle comme un extra-terrestre. Chaque jour, je me demandais pourquoi il fallait que je quitte la maison pour faire des gribouillis, faire la sieste dans un lit étranger, demander la permission pour aller aux toilettes ou alors se laisser aller à faire dans sa culotte. Dans le cadre scolaire, on remarqua très vite ma nature associable. Les autres enfants me regardaient à peine tellement je devais avoir sur ma figure un air sauvage et renfrogné. Le temps des récréations, je le passais le dos appuyé contre un mur de l’école. Refusant de participer aux activités de la communauté d’enfants, je finis par me faire oublier, j’étais devenu invisible. Ces deux premières années de scolarité plantèrent les racines du jeune être qui s’est constitué par la suite. Le monde m’était incompréhensible, les personnes, jeunes ou adultes parlaient une langue que j’avais beaucoup de difficulté à déchiffrer. Je précise que la langue française est toutefois ma langue maternelle. C’est comme si le système émetteur/récepteur dysfonctionnait. J’entendais bien chaque mot de la façon correcte lorsqu’ils étaient isolés. Dés qu’on les rassemblait, qu’on les mettait dans l’ordre exigé par la discipline de la phrase, un brouillard s’installait. J’en perdais des morceaux et parfois le tout. Une grande faculté d’égarement occupait mon esprit. Raison pour laquelle tout le monde s’accordait à me qualifier de « rêveur ». Lorsque la famille sortait faire ses courses dans les grands magasins, le grand frère avait la consigne de ne pas me lâcher la main. Jusqu’à l’âge de neuf ans, combien de fois m’a-t-on perdu ? Dans les zoos visités, dans les rues de la ville, alors que je marchais en compagnie de toute la famille. Dans les grandes surfaces où ma boussole interne n’écoutait plus que les influences magnétiques des rayons de confiserie. Du parasol planté dans le sable de la plage de Berk, à trente mètres de l’océan, j’ai su marcher jusqu’à l’eau, mais n’ai jamais retrouvé le chemin du retour. Il y avait bien trop de monde, trop de parasols semblables, trop de corps nus et maillotés. C’était pour mon esprit évaporé un labyrinthe inextricable. J’ai donc suivi la ligne sablonneuse que le soleil et la mer se disputaient, me disant que j’allais bien finir par tomber sur un de mes frères. J’étais désespéré et je ne pouvais savoir qu’en suivant cette trace c’est vers moi que je marchais. Symboliquement, j’ai l’impression que cette ligne entre terre et mer, entre connu et inconnu, entre intimes et étrangers est très présente à ce jour.

Adolescent, je recherchais la compagnie des crêtes montagneuses. Les sommets exerçaient une attirance magnétique sur mon âme. Dans leur solitude je trouvais la protection essentielle. Passer des journées entières à errer dans ces collines, le long des torrents, sur les causses, joua pour le jeune homme que j’étais le rôle d’un second placenta. J’aimais lire dans ces lieux sauvages et construire ma personnalité brique après brique de mes réflexions. J’y ai développé également des instincts. Ces moyens de communiquer que l’on accorde volontiers aux animaux en compensation d’une intelligence qui leur ferait défaut. La part interventionniste de ces instincts en moi, rendait plus trouble encore la ligne qui sépare les espèces humaines et animales. La nature était mon royaume et dans mon imagination, je régnais comme Tarzan sur sa jungle. Je savais pister, reconnaître l’animal à la trace, me cacher lorsque je percevais les signes d’une intrusion étrangère. Ces marques, ces repères, que je ne voyais pas dans les jardins des hommes et dans leur société, cette absence de signe et de reconnaissance, ce sentiment d’être un étranger dans sa propre maison, c’est la nature et tout ce qu’elle contient de vivant qui m’aida à le porter. Mes parents étaient de bons sujets, de dignes représentants de cette humanité sociale. J’entendais dans leurs discours toute l’incohérence du système qu’ils voulaient me faire adopter, leurs arguments me rappelaient ceux des bonimenteurs de foire. Comme je ne pouvais aimer leur vision de la vie et du monde, je devins un rebelle à leurs yeux. Dès ma dixième année, mon sentiment que les adultes étaient des menteurs se cristallisa. Ils se battaient pour que leurs enfants ne cherchent pas d’autres traces que les leurs. Ils projetaient leurs idéaux bancals, leurs projets sociaux, leurs croyances, sur leurs enfants. Leur affection et leurs bras enserrés, autant de barreaux qui se refermaient sur moi. Dès que je le pouvais je m’évadais, il y avait toujours un lieu sauvage pour m’accueillir. La nature combla le fossé, la part manquante, celle que je ne voulais recevoir de mes parents, c’est elle qui me l’offrit. C’est dans un de ces lieux de prédilection que je rencontrai l’homme qui marqua ma vie d’une façon décisive.

Je pense donc je suis (déjà publié)

–Qu’entendez-vous par « pensée » précisément ?

— Ah voila une bonne question, lorsque vous bougez le petit doigt pendant votre sommeil, vous pensez, ou du moins ça pense en vous, sinon il n’y aurait aucun mouvement.
Dans le coma, je ne pouvais bouger, mais je pensais.

Mon cœur je peux le ralentir, accélérer, le stopper, par la pensée. Dans mes cellules, des « parcelles » de pensée pour qu’elles vivent.

Nous disions : « la pensée est avant », préférez-vous le « mental », « l’esprit » ? Le sujet est maître de peut-être 2 % de « ses » pensées, le reste se pense en lui, avec ou sans son accord, avec ou sans sa participation, avec ou sans sa conscience, le sujet, est un tout petit « bout ».

Le moi et les pensées

Le phénomène qui produit la pensée, est un champ disponible à toutes les entités pouvant surgir de l’inconscient.

Le moi est une entité « fixe » mais variable, elle n’est jamais totalement la même, et c’est cette entité seule qui peut s’approprier un champ en le dirigeant autant que faire se peut. Elle est ce que l’on considère comme la « personne » consciente et décidant, mais les autres entités décident aussi, de façon anonyme normalement si la schizophrénie ne s’est pas développée, parfois, en accord avec la principale, souvent à côté, en créant des influences sur le champ de pensée du « moi ».

Le « ça » pense activement, il est comme une matière première dont vont s’emparer toutes les projections « formables », ce que tu appelles les personnages.

Moi d’abord !

Expliquez moi alors, je comprendrais peut-être votre slogan « ma vie vaut moins que la tienne ».

Cette formulation peut générer une confusion, on peut y voir une forme de dévalorisation de soi et de l’importance que l’on accorde à sa propre vie, peut-être même un signe de dépression, c’est je crois, une sorte de règle à laquelle se soumettent les hommes qui ont une mission de protéger et de porter secours à autrui. C’est certainement encore une disposition d’esprit que l’on va rencontrer dans certains mouvements religieux.

Pour moi, c’est une trajectoire. Et je ne considère que deux trajectoires, celle qui m’inspirera un comportement égoïste, dans le sens d’une formule raccourcie de la sorte : moi d’abord, et celle qui m’inspirera un comportement opposé que je formulerai aussi brièvement par : vous d’abord.

Certains verront dans la première formulation l’expression de cette « volonté de puissance », d’autres la verront dans la seconde formulation.

Je considère l’intention de sacrifice comme l’esprit qui doit générer, habiter, transcender tout acte, il n’y a pas de petits sacrifices, il n’y a que des grands.

Selon moi, pour atteindre au surhumain, il est indubitable que la nécessité de sacrifier en soi et pour soi, un grand nombre de choses, comme des habitudes, des faiblesses, des laisser-aller, des peurs, des envies, des besoins, des rêves, etc, doit se présenter et s’accepter, c’est un commencement, mais l’intention du sacrifice doit s’étendre encore en toute situation.

Le son du silence

Pour défaire une idée, est-il nécessaire de l’analyser ?

Non, je ne pense pas. Pour lâcher une pomme, est-il nécessaire de la couper en quatre ? Que peut faire notre esprit sinon construire des idées ? Quand il lui semble se débarrasser d’une idée, il en met en place quatre.

Mais il en est capable ; si on le pousse au bout de son incohérence, les idées disparaissent, non  ?

Tu es en train de dire qu’une action du mental visant à le saturer, produit une réduction de son activité et qu’ainsi il bascule dans un autre mode de fonctionnement. Quand le bruit cesse, le silence apparaît. Le silence serait-il un produit indirect du bruit ?

Faire cesser le bruit, produit le silence, non ?

Non, c’est la non activité qui « laisse la place » au silence. Le silence est là de toute façon, mais tu ne le perçois pas, et quand je dis :  « qui  laisse la place », j’entends par là bien sûr, à ta perception .

Réguler l’action du mental permet la cessation du bruit, n’est-ce pas ?

La cessation du bruit n’est pas le silence. Le mental (l’esprit) nous l’avons dit, est là pour produire des idées, il faudrait le convaincre de ne plus en produire, certes mais c’est encore une idée. Dans ce cas il s’agit d’une réduction de l’activité idéelle, d’une concentration, en bref, il s’agit d’astreindre son esprit à un minimum d’occupations. L’effort qu’il faut fournir pour cela est parfois source de vacarme intérieur encore plus grand. La bonne démarche vers une ouverture, à mon sens, ne s’entend pas avec le rejet. D’autant que l’on risque de s’accrocher encore plus fort à une seule idée plutôt qu’à cent, l’esprit ne voulant et ne sachant pas renoncer à cette dernière idée.

Pour que le silence puisse s’imposer, il faut bien que le mental se déconnecte de son fonctionnement habituel ?

Je préfère dire que le silence ne s’impose pas, il est trop timide. Ne plus avoir de pensées ne signifie pas, selon moi, que le mental a cessé de travailler, mais c’est vrai qu’il se passe quelque chose de curieux, quand on a réussi à réduire l’activité mentale à une seule pensée : métaphoriquement je dirais, que le silence vient, comme un poisson à la surface du lac surgit pour saisir un papillon, dévorer notre dernière pensée, à la grande surprise de « l’observateur».

Voir

Il est intéressant de noter qu’en apparence et sans décision délibérée, notre esprit continue de travailler. Il semble qu’il ne puisse pas s’arrêter, car même dans notre sommeil, n’est-ce pas lui qui construit nos rêves ? Je pense que l’on peut commencer par supposer qu’il y a au moins deux fonctions : la première sera sans doute l’analyse et ses différents processus comme penser = raisonner, calculer, comparer… La deuxième sera possiblement l’action de se souvenir. Nous devons comprendre que ce que nous appelons : « conscientiser », est à rapprocher de cette dernière fonction.

Cependant, personnellement, je conjugue souvent le terme : « corps », avec le terme : « mémoire », non pas parce que je pense que le cerveau n’a pas son rôle à jouer, mais plutôt pour appuyer sur le caractère « physique » du processus, c’est à dire le fait de faire passer l’information de l’état physique à l’état d’image.

Encore une fois, nous nous trouvons devant le paradoxe : contrôler le « penser » pour faciliter la remontée des informations contenues dans l’inconscient : or ces informations deviendront des pensées pour apparaître à notre conscience. C’est cette action que nous désignons comme le « non-faire » de la pensée. C’est aussi ce phénomène que l’on appelle « voir », non pas voir par les yeux, mais voir intérieurement. Les émotions naissent au point de rencontre de la connaissance du corps et de l’esprit.

Conversation sur l’eau, ou quelque chose d’autre…

Parvenir à contrôler ses émotions, cela doit être difficile, non ? Avez-vous un tuyau ?

Le regard par « devers soi », c’est la création d’une distance qui permet d’échapper à l’effet de surprise (celui qui regarde rit toujours de celui qui agit). Se prendre au sérieux c’est s’oublier, et s’oublier c’est se laisser aspirer par ce que l’on fait, comme l’eau qui s’écoule en tourbillons agités lorsque vous ouvrez la bonde de votre évier. Elle s’oublie et disparait dans les remous.

– Votre eau à vous que fait-elle ?

– Elle demeure, ne s’écoule  pas…

La clarté mais laquelle?

La « clarté » ne peut pas être un risque d’éblouissement si c’est bien une clarté mentale. Ce serait une contradiction, si nous sommes clairs mentalement nous ne pouvons nous égarer. Le risque de dérive lié au comportement mental existe, mais il est dû à un manque de clarté. La quête d’expérience est due à notre besoin de ressentir des émotions, voilà ce que j’appelle une dérive. Ces impressions accompagnent la plupart de nos actions, un simple frisson dans le dos, la chaleur au plexus peuvent être des objets de quête, ces expériences ne sont pas une « spiritualité » mais une manifestation dépendant de nos vues de l’esprit. Pour beaucoup cela a été un piège extraordinaire, tous ces gens qui vivent des états fabuleux mais ne changent pas leur psychologie d’un iota. La clarté, c’est aussi un relatif silence mental. L’éblouissement, c’est confondre ses sensations avec le chemin même.

Un chaman est obligé de confondre pour que sa magie fonctionne, il croit ce qu’il ressent et s’il cesse de croire ça ne marche plus, il perd son « pouvoir ». Sortir de l’éblouissement c’est perdre un certain « pouvoir », croire est la plus simple forme de « pouvoir ».

Dire…. (re-publication)

Pourquoi voudrions-nous dire quelque chose et même aurions-nous quelque chose à dire sans un autre pour nous entendre ?

Oui, c’est ce que l’on croit ou prétend, la mais la vérité c’est qu’on se parle à soi, les autres sont secondaires.

J’ai rencontré des tas de gens dans des terres désertes, ils marchent sur leur chemin et tu les entends penser à voix haute. Je suis revenu dans nos villes et j’y ai vu les mêmes gens, pas seulement les SDF ou les pauvres gens en dérive mentale, non mais monsieur et madame tout le monde qui travaille à la poste ou la pharmacie, tout le monde semblait communiquer avec autrui, mais ce n’était qu’une apparence, un piège, personne ne s’intéressait à ce que l’autre avait à dire, on se pressait, on malaxait ses mots dans sa bouche excitée, attendant la pause respiratoire qui donnerait le fameux bâton à parole, et si elle ne venait pas assez vite, on l’arrachait, parlant aussi haut ou plus haut que l’autre, et parfois, il y en avait plus d’un autre, trois ou quatre qui parlaient en même temps, personne ne comprenait plus rien, mais ce n’était pas grave, ce qui importe, c’est de s’entendre soi, même lorsque cinq minutes après, on ne se souvenait plus.

Nature et langages

La nature; dans sa sagesse, tout en permettant la possibilité de multiples langages mensongers a prévu que les outils du mensonge le mieux élaboré soient, au final, au service encore et toujours de la vérité.

D’une vérité des mots certes, mais d’une vérité tout-de même.

Être ou ne pas être (1)

« Celui qui se fait tout petit devient grand, ou, le dernier est le premier. »

La meilleure compréhension de ces mots, je veux dire, celle que le plus grand nombre lui prêtera, parlera d’humilité. Mais le non-être n’a rien à voir avec ce sentiment, parce qu’aussi noble que soit le sentiment d’humilité, il est encore un habit pour le cœur des hommes.

Le non-être ne peut être un habit pour l’homme puisqu’il concerne le « non-homme ».

Sur le libre arbitre (2) republié

Ce quelque chose qui se trouve autour de nous, que j’ai appelé « environnement » par simplicité, produit ce que nous sommes matériellement, « mon corps », « ma chair », cette matière produit « ma pensée », c’est bien parce que nous ne voulons pas voir notre rapport à notre environnement que nous préférons imaginer, un dieu : « Parce que, quoi ? La pierre et l’arbre et l’océan, la terre serait mes parents directs ? Non, je suis un enfant de dieu, comme le disent les paroles inscrites dans l’argile. Je suis construit dans l’argile parce que dieu avait besoin d’une matière brute, mais il a insufflé son énergie vitale qui fait de moi un être quasi divin ».

Cette déviation de l’interprétation est aussi ancienne que notre espèce, elle provient d’un déni inconscient, de ce lien de parenté que l’homme (comme tout le vivant) a avec la planète.

Histoire du rêveur, ou trouble autistique peut-être…

  • La forme de l’objet se produit en celui qui « vit » avec l’objet, par les mêmes réseaux de « lignes matricielles » qui forment l’observateur ou l’utilisateur, l’apparence n’est pas attachée à l’objet mais à l’œil ou au doigt (donc au cerveau qui les commande, lorsqu’il y en a un…) de celui qui interagit avec lui.
L’observation n’est pas en cause, seulement la matière organisée structurant l’organe de perception. Un œil de chien n’est pas configuré de la même manière qu’un œil humain, donc les « lignes matricielles » dans l’œil du chien ne sont pas semblables à celles de l’homme et ne permettent pas de percevoir les mêmes formes, et c’est encore valable entre deux paires d’yeux humains différents.
Je réduis l’exemple au niveau de l’œil mais pour le cerveau c’est pareil et c’est bien le cerveau en définitive qui établit les formes finales subjectives.

Les visions, ça concerne les yeux. Là je ne saurais te dire si une partie de mon corps joue un rôle particulier. Je pense que cela prend naissance dans toute partie ou totalité, comme cela doit concerner les cellules et que les cellules sont en toute partie de mon corps. Sans doute que les cellules transportent les informations qu’elles ont en charge et que le cerveau fait le reste du travail, raison pour laquelle souvent, il manque des informations qui se sont perdues dans d’autres trajectoires rendant les messages incomplets ou troubles. Mais le point fondamental est bien le cerveau gauche, selon ce à quoi il s’occupe ou comment il s’occupe, le cerveau droit ne peut travailler, au niveau conscient bien entendu.

 C’est ce qui est le plus difficile à signifier puisque ce ne sont pas des visions, le mot sentiment est peut être plus juste. Les lignes se voient avec le sentiment, mais ça n’a pas d’équivalence dans le monde apparent. Dans le monde réel, les « choses » sont d’une autre nature et notre manière d’interagir ou de communiquer n’a rien de commun. On sait sans savoir comment ni exactement ce que l’on sait.

Le sentiment est ce que l’on sent, je vois que c’est rouge ou je sens que c’est rouge, ce n’est pas la même chose.

Lorsque tu entres dans une salle, tu vois la couleur du papier peint, tu peux peut-être te prononcer sur le papier peint, dire si ça te plaît ou non, mais tu ne sais pas ce que précisément, la couleur du papier peint fait en toi, dans tes cellules.

Il est difficile de s’en rendre compte, même en passant des années dans le même environnement. Lorsque j’entre dans une salle, même pour la première fois, je sens tout de suite comment mon corps, mes cellules, donc mon cerveau réagit. Je sens tout de suite l’effet vibratoire de la couleur sur les cellules de mon corps et si je sens, je peux donc connaître la nature, le caractère, ou la force de ces effets.

Si tu connais ce dont je parle, il est aisé de comprendre ce que signifie « sentir », si tu ne le connais pas, et si tu peux traverser toute sorte d’environnement sans te rendre compte des effets sur ton corps, alors sans doute il sera difficile d’entendre ce que signifie « sentir ».

Vrai ou réel

La réalité, c’est ce que je partage avec toi. La réalité n’est pas une chose intime, ça n’est pas une chose personnelle la réalité. Si le thermomètre annonce qu’il fait -17°, il fait -17°; cela veut dire que nous avons tous plus ou moins froid, en fonction de notre sensibilité, de notre état de santé, mais nous ne discutons pas qu’il fasse -17°. Il peut se produire quelque chose qui fera que j’ai chaud alors que tout le monde a froid, ce sera vrai pour moi et je ne pourrais le partager avec personne, le vrai lui est bien quelque chose d’intime. Ce qui et vrai ne s’énonce pas non plus. La vérité ne découle pas de ce qui est partageable.

Une émotion justifiée

Une émotion « justifiée » est une émotion que l’inconscient finira par valider en vérifiant sur la durée le positionnement du conscient par rapport à cette émotion. Exemple :

Je me promène dans les bois, une ombre qu’il me semble avoir vue passer tout près de moi m’effraie, je fais un bond et je tombe par terre. Dans l’instant, c’est le conscient qui donne toute sa mesure au vécu. Mais si le conscient se rend compte qu’il s’est effrayé à propos de rien, la frayeur ne prendra pas racine dans la couche des programmes.

Si le conscient ne se rend pas compte que l’objet de la peur ne fut pas réel, alors la frayeur aura plus de temps pour prendre racine dans les couches des programmes. Cependant même si le conscient ne se rend jamais compte que la frayeur n’avait au fond pas de réel fondement, et si donc, durant toute sa vie, le sujet pense qu’il lui est arrivé quelque chose d’effrayant, l’inconscient, lui, connaît l’exactitude des faits qui se sont produits et finira par effacer petit à petit les tentatives de prendre racine de l’émotion ressentie ou vécue dans ce moment là.

Habiter

Habiter se conjugue à tous les temps du moment que je n’est pas le sujet.

Peindre l’aurore d’une vieille habitude. Entendre dans la cascade, dissimulée derrière la haie de buis, le pas des cavaliers, ou plutôt, les cavalcades feutrées de chevaux hérités. En cavale hors du temps. Que les épines dorsales de l’être à venir confondent les aiguilles des horloges et le temps qui viendra ne sera pas un futur mais un présent éternel, une fonte ruisselante de miradors orchestrés, de gargouilles décongelées, dévitrifiées. L’hiver fini, plus aucun printemps, mais un solstice chaque jour. Le son mirifique de l’eau qui s’écorce, sans source ni delta, roucoule d’une chorale aux mille visages grotesques, à l’unique voix argentée, affleurante, omnisciente. N’est-ce pas elle, la voix de la beauté, l’omniscience du verbe être ?

Le pas importe si peu comparé à la mosaïque diluvienne qui le supporte-qu’il piétine, n’étant pas, lui, ce qu’est la beauté. L’aurore, c’est moi, quand je n’existe pas. Moi oreille et moi courroie, moi rêveuse et moi Léda. Moi la vieille, antique poussière. Moi la fleur d’un berceau incertain. Moi qui s’aperçoit qu’il ne s’agit pas juste de moi mais de mon frère siamois. Et ce frère c’est ma loi, et dans le miroir, plus une trace de moi.

Le cercle ancestral, comme l’œil d’Horus, voit. Préciser qu’il voit tout serait réduire la portée de sa vue tant ce qu’il voit est ineffable. C’est un tout que l’omniscience humaine ne suffit pas à englober. Le cercle ancestral est un point dans l’univers, l’univers dans un point. C’est le tracé qui, atteignant le ciel, se dissout dans le bleu : le négatif de l’idéiforme. Idéiforme est un pléonasme qui insiste sur le caractère cloisonné du verbe humain. C’est un aveu du néant qu’il recouvre. L’homme ne voit vraiment le bleu du ciel que lorsqu’il est pris dans l’encadrement d’une fenêtre, toujours nécessaire, fut-elle celle des thermes de Caracalla.

 

Lettre de Koulane