Déconnexion finale

Bonjour et Adieu à tous.

Je me retire de tous réseaux électroniques, je m’évade en vous souhaitant le meilleurs dans votre vie, une pensée toute particulière vers Barbara et Béatrice, tiens deux noms commençant par la même lettre !

Juan.

 

Société

Nous savons tous que l’homme sait, veut, peut, en a l’instinct, vivre en société, comme le singe après tout et comme beaucoup d’autres animaux. Mais les hommes sont capables de faire ce que les animaux se refusent à faire, par exemple, ils peuvent partager un espace, l’investir et y construire chacun d’eux, en général par groupe familial, leur abri, leur case, leur maison, et malgré cette proximité s’ignorer, se fâcher et ne plus s’adresser la parole, ou tout simplement se tenir à distance à cause de différences de style, de vie, de religion de classe, etc. Qu’est-ce qu’une société chez les hommes, certainement pas une communauté, ou en tout cas ce qu’ils mettent en commun est fait de choses utilitaires (la salle des fêtes, la route, la poste, l’entretien des caniveaux etc…) et certainement pas de choses humaines, excepté peut-être lorsque leur village est menacé par une catastrophe naturelle, oui, à ce moment là, ils semblent réaliser le prix de la vie et s’organisent pour porter secours par empathie, par morale, par élan du coeur, comme ils disent, ou parce que c’est interdit de ne pas porter secours.

L’organisation des groupes humains est si difficile que peu nombreux sont les ethnies qui ont échappé à la nécessité de mettre en place un système de direction, un appareil d’état en somme, avec son grand chef et ses ministres. Lorsqu’on a la vision d’une organisation « étatique » d’une conception de devoir instaurer une autorité systémique, c’est parce qu’on a constaté que sans système, l’ordre, le respect des règles, le respect des autres, etc, ne peuvent s’établir par eux-mêmes, c’est à dire par la discipline et la volonté de chacun, alors on va déléguer, élire des personnes supposées être compétentes, supposées viser le même horizon, supposées sortir de la même classe, supposées de confiance, etc.

Tout le monde exprimera son vœu de changement de cette société humaine, devenue maintenant une méga-société mondialisée, que tu, que nous appelons le « monde », mais personne ne veut se changer soi-même, on fera semblant d’être conscient de la nécessité de changer soi-même, mais on ne saura pas comment ni en quoi, et puis que le voisin commence à changer d’abord.

Cela s’appelle une société, on est bien d’accord ? Mais est-ce que cela peut s’appeler une communauté, certainement pas à mes yeux. La communauté c’est autre chose, c’est difficile, cela demande de l’autonomie individuelle, cela demande une haute conscience de ce que l’on fait, cela demande une présence d’esprit de chaque instant afin de ne jamais oublier que commettre un acte, une pensée, qui ne s’inscrit pas dans l’intérêt de tous est un acte qui menace ce « tous ». C’est cela une communauté, tout d’abord une communauté d’esprit, de conscience et de cœur, mais il manque encore quelque chose que je vais taire pour le moment, pour te laisser écrire la fin de mon message, par esprit de communauté, enfin à toi ou quelqu’un d’autre.

Le « Vouloir » du guerrier

Juan – Est-ce que si je vous propose ceci : La volonté est chose pensée, le vouloir c’est la chose pensée « descendue » dans la chair et devenue force active, cela prend-il du sens pour vous ?

Zere – Les définitions que vous proposez ont du sens pour moi, oui. C’est intéressant, je vais pouvoir revoir mon vocabulaire. La volonté peut être l’initiatrice du vouloir, mais le vouloir peut germer d’une pensée inconsciente, n’est-ce pas ? Le corps peut incarner des pensées inconscientes, quasiment que ça d’ailleurs, car 99,9% de la « pensée » nous échappe, n’est-ce pas ?

Juan – Un guerrier doit apprendre à diriger son « vouloir » pour en récolter les fruits. Oui, en effet, le vouloir suivra la pensée la plus insistante, qu’elle soit l’émanation du moi conscient ou non.

C’est ainsi que le corps exprime des réactions à des phénomènes externes,  cette partie intéressera le thérapeute quel qu’il soit, du chaman à l’hypnothérapeute, du médecin au Chiropracteur, etc.

Mais le vouloir peut encore être une force physique appliquée dans toutes sortes d’actions, lorsqu’il est bien dirigé, il peut être redoutable. Il y en a un petit exemple dans une vidéo que j’ai postée sur un topic lointain dans la rubrique « loisirs », une femme en transe, une chaman fait des choses avec son corps et avec son esprit du côté gauche, qui ne sont pas possibles dans un état où le vouloir n’est pas dirigé dans une action non ordinaire.

Zere – Vous mentionnez souvent le « guerrier », à tel point me semble-t-il, qu’il est votre monde. Diriger son « vouloir » est bien plus délicat que de diriger sa « volonté ».

Juan – Le guerrier apprend à comprendre ce qu’est la volonté, et comment elle sert des croyances, la volonté des humains est une servante, esclave de tout maître issu de présent, du passé ou du futur. Elle est la chienne des temps. La volonté s’épuise à courir selon les caprices des temps.

Le guerrier apprend à diriger son vouloir, pour cela il part en voyage d’exploration afin de découvrir les liens qui se sont fixés sur son pouvoir et qui le rendent in-dirigeable.

Le guerrier apprend à « voir » l’intention, car il sait que toute entreprise qui serait en disharmonie avec l’intention lui coûtera de l’énergie et du temps de vie, temps de vie qui n’a d’autre préciosité que par le travail qu’il a entrepris et les promesses qu’il s’est faites.

De la soumission

Aruna – Du coup ma question reste posée. Peut-on imaginer sortir du système de la domination/soumission mais pas seulement intellectuellement ?

Don Juan – Oui, il y a une possibilité, elle consiste à ne plus craindre la mort et ne plus vouloir être une menace de mort pour autrui. Il y a pour moi quelque chose qui est de l’ordre de la prédation directe ou indirecte.

Lorsque je parle de mort, je pense à elle en tant que fait et aussi en tant que symbolisme, par exemple, ce qu’il se passe dans un troupeau de bovins, pour ce qui concerne la soumission, du point de vue biologique ne s’inscrit pas dans un rapport direct de prédation, un taureau ne consomme pas de viande (de mammifère du-moins) comme vous le savez, mais ses efforts pour écarter un rival peuvent conduire à une mort physique et une une forme de mort « mentale ». Cela signifie que le taureau vaincu, en s’inclinant, ressent sa mortalité, pendant un moment plus ou moins long du-moins.

Faut-il enseigner, transmettre à nos enfants, le « savoir se soumettre » dans ce monde comme dans d’autres ? Voila une question intéressante. Un enfant qui ne peut accepter de se soumettre risque de développer un refus pathologique de l’échec, de l’autorité, et un manque d’adaptabilité aux divers environnements sociaux, il voudra donc imposer sa vision des choses et prendre les commandes sans une écoute attentive de ceux qui  détiennent peut-être un savoir différent, complémentaire ou non au sien, et nous savons tous que celui qui ne sait bien obéir ne sait pas non plus commander.

Mais nous devons en même temps lui apprendre à résister, à discerner si sa soumission est intelligente, s’il elle est sensée ou non. La stratégie exigera parfois qu’il se soumette à des autorités moins compétentes que lui, parce qu’il devra penser tout d’abord à ses chances de survie, mais il doit savoir aussi refuser de se soumettre même si cela menace sa vie, lorsque ses valeurs les plus vertueuses sont attaquées.

À lire ces mots on peut imaginer que tout ce qui est dit là ne prend son sens que dans un contexte de vie primitive, ce serait mal comprendre, ces situations font parties de notre quotidien, quelque soit le milieu, la vie et la mort, symboliquement (et souvent inconsciemment) sont toujours en action dans toutes les expériences que nous traversons, y compris quand nous sommes seuls à nous impliquer dans une action.

Femme libérée

Les mécanismes qui ont installé la domination de l’homme sur la femme ne sont pas de l’ordre de la pensée ordinaire, de la morale, des conventions etc.

Ils remontent aussi loin dans notre histoire que les mécanismes du placebo, qui eux-mêmes ont commencé à se constituer peu de temps avant les premiers « pas » du langage verbal. Nous ne pouvons pas contrôler ces mécanismes du placebo par une volonté de croire ou de ne pas croire, et c’est vrai autant pour le souffrant que pour le médecin. L’ancêtre du médecin, le chaman, devait pour obtenir les effets espérés de son « traitement » se laisser absorber totalement dans sa cosmogonie, sa cosmologie, changer d’état de conscience, se sentir autre, comme un animal, comme son animal protecteur ou allié, perdre connaissance souvent, devant une assemblée spectatrice incapable de résister à l’attraction magnétique et mentale d’un tel phénomène. Le traitement était tout entier absorbé, par la pensée, par le groupe tribal, et tout entier validé par l’inconscient tribal.

La femelle est celle qui donne la vie, le mâle est celui qui sait donner la mort, avec des armes surtout.

La femelle s’est vue obligée de concéder, sa survie et celle de ses enfants ne lui donnaient pas le choix, elle n’a pu interdire l’entrée de sa hutte au mâle par besoin de lui, besoin pour féconder, besoin pour manger, besoin pour se protéger de tous les dangers extérieurs, y compris celui que présentait la proximité des autres mâles de son groupe. Toucher les armes lui était interdit, si elle était surprise à toucher une arme d’un chasseur, celui-ci pouvait l’accuser de lui avoir retirer son pouvoir et d’être rentré de la chasse bredouille pour cette raison. Toucher les armes étaient donc interdit, cela a contribué à enfoncer au plus profond des crânes la loi suivante, la femelle donne la vie, le mâle donne la mort. S’il y a eu dans l’histoire quelques exemples de femelles émancipées des hommes, il y a de fortes chances que ce soit parce qu’elles ont bravé l’interdit, qu’elles se sont emparées des armes et découvert que la femelle pouvait elle aussi donner la mort.

Il te faudra plus qu’un changement de mentalité pour te libérer femme, il te faudra plus qu’un changement des lois et des habitudes pour te libérer femme, il te faudra plus qu’une nouvelle éducation, plus que deux ou trois générations pour renverser les lois de l’inconscient qui y sont gravées depuis des centaines de milliers d’années, il te faudra intégrer que tu peux donner la mort, comme lui, il te faudra être capable d’être une menace pour celui qui te menace.

L’impuissance de l’homme passera par la puissance de la femme.

En amour, dites-vous toujours la vérité ?

Vous vous êtes promis de dire la vérité. Toute la vérité, rien que la vérité. N’est-ce pas ? Y parvenez-vous ? Est-il possible de ne pas mentir en amour ? La relation amoureuse n’est-elle pas essentiellement basée sur un quadruple mensonge : à soi-même et à l’être aimé-e, et vice-versa ?

Je vais répondre à cette question, il n’y a pas que dans les relations dites amoureuses qu’on ne peut pas dire la vérité. Dans toute relation, nous sommes obligés de mentir un peu ou du moins de ne pas tout dire, ou encore de trouver une façon plus édulcorée de dire ce qui risquerait de nuire à la « santé » de la relation.

Bien-sûr, c’est regrettable et nous sommes encore sur le terrain des utopies, je partage cette utopie, euh non je n’ai pas besoin de la partager, il ne faut pas couper en parts les utopies, alors, la question est la suivante me semble-t-il : pourquoi les humains sont-ils obligés de se mentir, pourquoi n’acceptent-ils pas d’entendre la vérité ? D’autant que le mensonge est toujours un demi mensonge puisqu’il se fait avec la bouche parlante ou la bouche muette et d’autres variantes de bouches pincées ou grimaçantes. C’est bien un demi mensonge parce que lorsque la bouche ment, nous savons tous que le corps, lui, la contredit, mais nous faisons bien souvent en sorte de ne pas écouter les gestuelles du corps des autres, parce qu’ils nous mettraient systématiquement dans une posture désagréable. Ainsi, lorsque l’autre nous ment, nous nous arrangeons pour être un complice silencieux d’une fausse vérité acceptable et l’autre ne manquera pas (souvent sans le savoir) de nous remercier silencieusement pour notre complicité.

Alors la question ? Pourquoi mentons-nous à ceux que nous prétendons aimer ?

La réponse est simple en vérité à énoncer, mais il m’a fallu une dizaine d’années pour la comprendre moi-même. Parce que nous ne sommes pas des guerriers, et donc nous n’avons pas perdu notre forme humaine.

Une définition simplifiée de la forme humaine pourrait s’énoncer ainsi : nous sommes empêtrés dans la complexité de notre psychisme, nous ne sommes pas libérés de nos habitudes, de nos schémas de réaction, de nos besoins de reconnaissance, de notre soif d’exister, de nos peurs, de notre personnage de comédie qui fait l’interface entre nous et les autres, entre nous et nous-même, du besoin du regard des autres pour nous valoriser, , et cætera et cætera.

L’homme, descend t-il du singe ?

Comme c’est étrange ce qui peut séparer les hommes, quelques idées sur les choses de la vie, quelle est l’origine de l’homme ? Ou quel est le prix de vos pommes de terre ? Croyez-vous en dieu, aux fantômes, à la vie éternelle, à la réincarnation, croyez-vous que la vache est un animal sacré, ou que le christ ait vraiment existé ? Croyez-vous que nous pourrions devenir amis si vous êtes croyant et moi non croyant ?

Croyez-vous que nous pouvons nous comprendre si vous êtes homo et moi hétéro ?

La liste est sans fin, autant de raisons de mépriser l’autre, ce matin j’écoutais, à la radio, une émission sur le siège de Sarajevo, ils parlaient à un moment donné de ce couple, elle, Musulmane, lui Serbe, je me souviens avoir vu ces images de ce couple il y a plus de vingt ans, ils décidèrent de quitter ensemble la ville assiégée, les Bosniaques les laissèrent passer sur ce pont, arrivés au milieu il reçurent une rafale des automatiques, lui, tomba tout de suite, elle, blessée rampa jusqu’à son corps et mourut sur lui, ils venaient de s’embrasser, des hommes ont osé tirer sur un couple qui s’embrassait au beau milieu de deux forces armées.

Mais la grande question maintenant, de quoi descend t-il cet homme ?

Ma petite fille qui passait derrière mon dos et qui m’entendit murmurer cette question me dit dans l’oreille : on s’en fout papy de quoi il descend, la vraie question, c’est vers où il veut monter.

L’homme politique est né

Tu vois cette assemblée de gens qui semblent discuter en braillant et qui sont à la lisière de la mêlée de corps choqués et blessés ?

Un désaccord s’est manifesté entre deux chefs de famille (ça aurait pu tout aussi bien être entre un chef et une cheffe ou en deux cheffes) habitant des huttes de pailles éloignées de vingt pas l’une de l’autre. Ils ont commencé par se gueuler dessus en raison d’un problème d’eau, la compagne de l’un aurait puiser dans le puits commun plus que le quota fixé pour des raisons d’économie de l’eau. Et puis à chaque grand coup de gueule arrivait, qui la compagne, qui le cousin, qui le père de la compagne, qui son fils, etc etc. Au bout d’une petite demi heure, tout le village était sur la place, il y avait deux factions, une pour les membres de la hutte de l’est, une autre pour ceux de la hutte de l’ouest, et puis il y avait un petit groupe resté à l’écart, ou parce qu’ils se foutaient du problème ou parce qu’ils avaient vu venir la décomposition du semblant d’harmonie qui régnait jusque là dans le village. Il faut te dire que tous ces gens étaient plus ou moins tous de la même famille, une certaine petite dose admise de consanguinité circulait dans leurs veines.

La dispute, qui se contentait jusque là, d’insultes en tout genre et de menaces sanguinolentes allait tourner au pugilat, que dis-je, au massacre général, lorsque arriva un vieil homme dont tout le monde avait presque oublié l’existence, il avançait en tapant sur une peau de chèvre tendue sur un arceau et en criant des : »hop !hop !hop! », ce qui eut un effet sidérant sur la masse de membres non identifiables, je veux dire qu’à ce stade là, malin aurait été celui qui pouvait revendiquer un pied ou une jambe comme son appartenance propre.

L’homme s’étant approché cessa de taper comme une brute sur son tambour et se mit à crier, non pas de colère, mais tout simplement parce qu’il voulait se faire entendre malgré le tumulte des bêtes humaines qui prenaient le crâne le plus proche comme un défouloir musical.

— Hop Hop! arrêter de vous disputer, j’ai la solution, on va parler ensemble et réfléchir au moyen de mesurer l’eau afin que ne s’écoule pas une goutte de plus dans vos vases que ce qui est prévu par la quota, un système automatique qui coupera la vanne dès que le volume a été tiré, qu’en pensez-vous hein ?

Ils s’extirpèrent un à un de la pelote que leur corps avait formée et esquissèrent un sourire timide, au début, puis un rire plus débridé et jovial qui me rappela celui que j’ai souvent vu sur la femme quelques minutes après sa délivrance, lorsque les souvenirs de la douleur s’évanouissent peu à peu, laissant la place au plaisir mérité de la récompense.

Ils venaient de découvrir l’homme politique, un concept, une idée, une solution pour ne pas fnir par s’entre-tuer, un rêve de paix, une illusion de bonheur et de bon sens, l’homme politique était né.

Un mythe

Annalevine – Donc le personnage dont vous parlez, le Christ, est un personnage taillé sur mesure pour vous plaire, vous les païens. Vous discourez sur un personnage d’invention qu’un Hébreu vous a concocté pour satisfaire vos puissantes inclinations païennes, votre fascination pour le surhomme étant une résurgence de cet antique paganisme. C’est marrant. Pas marrant in fine pour les Hébreux car cet être fantastique issu du paganisme greco-latin, mais à qui un Hébreu a insufflé une âme hébraïque, a fini par engendrer un antisémitisme délirant.

Juan – Oui, tout ce que tu dis là est probablement vrai, cela va peut-être choquer ou peiner les chrétiens croyants, les chrétiens institutionnels, mais les chrétiens pour lesquels l’histoire de Jésus est un mythe riront d’une mise au point qui n’en n’est pas une pour eux.  Ils ne leur importent pas de se poser la question de l’existence de ce personnage, surtout qu’ils ont bien saisi que même dans l’hypothèse qu’un certain « Jésus » soit apparu et ait discouru dans des termes étranges, les suivants et les bâtisseurs de religion n’auront pas manqué de rajouter tout l’équipement nécessaire fantasmagorique afin de frapper les imaginaires et les esprits faibles.

Les chrétiens anarchistes se moquent bien des histoires de noël, des rois mages, et des tours de prestidigitation, voire même des vrais talents de guérisseur, les chrétiens anarchistes prennent comme un défi le coeur du message qui est un rêve, un rêve, non pas d’une nouvelle société, mais un rêve de potentiels à découvrir au coeur de l’esprit de l’homme. Il ne s’agit pas de cet esprit commun qui permet de placer son argent en bourse, ou encore de cet esprit qui permet de philosopher, de rationaliser, ni même de celui qui permet de déplacer les montagnes, mais de cet esprit qui peut lier les choses, toutes les choses, par la force d’un seul chant.

Que celui qui a des oreilles pour entendre sourie.

Illusions sur la conscience (comme une partie de cartes)

Blaquière – Pour moi, le « subconscient » n’existe pas ! Il y a le conscient, le préconscient et l’inconscient. Le subconscient n’est qu’une notion ambiguë imaginée par ceux qui sont effrayés par l’obscurité totale de l’inconscient…  Il a donc encore plus « bon dos » que l’inconscient !

Juan – Il me semble que tout est d’essence virtuelle dans la conscience, je ne vois pas comment on peut affirmer qu’une chose n’existe pas, ou qu’elle existe, rien n’existe réellement dans la conscience parce que rien ne s’exprime au-dehors d’elle, tout y est contenu et emprisonné. La conscience fait ce qu’elle  »veut », elle invente qui elle « veut », elle efface tout comme elle repose tout dans une autre architecture en une fraction de seconde, la seconde elle-même n’existe pas pour la conscience. Donc nous ne parlons que d’illusions, nous pouvons tout en dire à condition de garder une cohérence au sein d’un « système », il n’y a que des systèmes de cohérences.

Blaquière – On est bien d’accord ! La conscience évolue dans l’imaginaire, le symbolique, elle invente tout ce qu’elle veut. elle peut même rebaptiser subconscient l’inconscient puisque ça l’amuse et la tranquillise, mais l’inconscient, lui, ne changera pas pour autant, il restera opaque, il restera le réel, un sorte d’en-soi. Le propre de la conscience, sa principale qualité, efficacité c’est de se mentir. Finalement, le vrai mystère, c’est la conscience, son… cynisme en quelque sorte. L’inconscient, lui, c’est une pierre !

Juan – Presque d’accord, à part sur ce point : l’inconscient change, il se modifie, se met à jour, augmente et diminue, transfère aussi.

Zerethoustre – A mon sens, le subconscient est la couche inférieure de la conscience. Elle affleure la conscience constamment. Elle forme la strate qui se situe entre le conscient et l’inconscient. Voyez-vous de quoi je veux parler ?

Juan – je crois que je vois de quoi vous voulez parler, cela me rappelle le préconscient, dans le sens de ce qui précède la conscientisation.

La meilleure façon de ne pas s’enliser dans les ornières, c’est de n’y pas mettre les pieds.

Pour moi, le subconscient est une répartition de certaines fonctions de l’inconscient attribuée à la « gestion » du corps. Autre nom que je lui donne : « la conscience du corps ».

Zerethoustre – Hé bien, le préconscient ne faisait pas partie de mon vocabulaire. Vous me permettez de l’enrichir.

« La conscience du corps ». Parleriez-vous des instincts, ou de ce qui nous permet de savoir, par exemple, avant même d’avoir goûté un champignon, s’il est vénéneux ou pas ? En somme, parlez-vous de la génétique et de la somme d’informations que nos cellules transportent ?

Juan – Non, je ne pensais pas aux instincts, ceux-ci sont pour moi des programmes, qu’on peut en effet lier à la génétique, bien qu’on puisse avoir une action pour les modifier, toucher à la « mémoire » génétique, c’est toucher aux « temps ».

La « conscience du corps » c’est tout ce qui fait agir ou réagir le corps face aux phénomènes internes et externes, c’est à dire ses fonctionnements basiques, comme la circulation du sang, le système immunitaire, le rythme cardiaque, la digestion, la respiration, etc etc. Elle « gère » l’organisme pour lui permettre de dépasser les obstacles qu’il rencontre.

Parmi toutes les définitions de la conscience sur lesquelles on pourrait sûrement s’accorder, il y en a une que j’aime bien, la conscience est un « véhicule ».

Blaquière – Pas con ! ça expliquerait que ce véhicule « débarque » ce qu’il pense qui l’empêche d’avancer !

En tout cas, ce qui est sûr c’est que la conscience est une dynamique, un phénomène « qui se produit » dans un moment donné…

G.champion – Un véhicule a un conducteur, et qui alors conduit la conscience ? un véhicule contient des choses, qu’est-ce que la conscience contient ?

Juan – Voila deux bonnes questions qui devaient être posées. Voulez-vous une vision du monde onirique ?

Se pourrait-il que ce soit une force interne ? J’ai du mal à concevoir une autre force que la conscience, qui plus est, de nature à piloter une force telle que la conscience, si l’on veut bien ne pas voir dans les programmes une réelle force autonome.

Je me tournerais donc vers l’extérieur, mais que peut-il y avoir à l’extérieur d’autre que la conscience ?

J’en produis donc l’hypothèse, à vérifier, que la conscience qui est à l’extérieur fait se « mouvoir » la conscience qui est à l’intérieur.

Qui y a t-il entre intérieur et extérieur si ces deux-là sont la conscience  ?

Un amas de matériaux organisés que l’on appelle le « corps », souvent assujetti au « moi », Moi et mon corps sommes allés en vacance à Ibiza.

Que contient la conscience ? J’ai peut-être une hypothèse mais vous allez la trouver probablement « fumeuse ».

La conscience contient la Règle. La conscience extérieure rétablit l’ordre selon la règle, comme des « mises à jour permanentes », dans son alignement avec la conscience intérieure qui s’altère et se désordonne sous l’effet des actions générées par les nombreux programmes indépendants qui animent l’organisme.

Sur la résilience

 

Ambre Agorn – Ai-je bien compris: Boris Cyrulnik est en train de dire, dans la vidéo, que la résilience est un mensonge (oui il n’utilise pas ces mots-là, mais j’ai entendu ça), non ? Une façon de détourner notre cerveau de la réalité pour pouvoir l’accepter, c’est ça?

Juan– J’avoue que j’ai arrêté de visionner à la moitié du temps, parfois, un mensonge bien fait réussi mieux qu’une vérité écartelée.

Comprendre la résilience, ou autrement dit, le fait de produire dans son cerveau une sorte de remodelage des traces creusées par un traumatisme, ne peut se faire que lorsque l’on a réalisé une résilience. Mais je pense que tout ce qui fonctionne peut être assimilé à une ruse, une ruse est-ce un mensonge ?

Ambre Agorn – J’hésite : Soit la « résilience » est en fait pratiqué par nombre de personnes (si ce n’est tout le monde). Car je remarque que tout le monde (je modère: tout ceux que j’ai pu rencontrer), pratique une altération de leurs souvenirs pour mieux les accepter, et vivre avec.

Soit la résilience est un processus qui se fait de façon consciente, comme un choix mûrement réfléchi face au mur, et donc accessible qu’à ceux qui en ont eu vraiment besoin, ceux qui ne vivraient plus sans ce choix

La résilience, est-elle juste possible pour ceux qui n’ont que ce choix pour survivre ou tout le monde peut-il la pratiquer pour « mieux vivre »?

Juan – Doit-on considérer que la résilience est une forme de combat ?

Il y a des traces, mais ces traces n’ont pas la même « résistance » au temps, les traces qui datent de la petite enfance par exemple auront plus de résistance que des traces imprégnées à l’âge adulte.

Lorsque vous avez une altercation avec un voisin, une dispute avec votre compagnon, une trace restera pendant quelques heures, quelques jours, ou quelques mois, en général la résilience se fait toute seule parce que vous ne donnerez pas « l’accord conscient » pour que les traces soient « entretenues », la mémoire se dissipera, l’empreinte émotionnelle se réduira.

Mais si nous parlons de trauma causé par une peur sidérante de mourir, ou de trauma assez grave suite à la mort d’un être chéri, « l’accord conscient » doit être compris et  produit.

Qu’appelle-je l’accord conscient ? Lorsque la vie nous a blessé de façon intense, nous avons deux possibilités de réaction, nous pouvons pensé : « oh ! quelle malchance ce qui m’arrive ! » ou alors : » il n’est pas possible qu’il n’y ait pas dans ce fâcheux événement quelque chance à saisir ».

Opter pour la première réaction nous permet de justifier la nouvelle route, les nouvelles décisions ou façons de voir les choses, le nouveau profil psychologique, tout ce que nous ferons pourra être compris, accepté, jugé, excusé, etc par l’événement qui a fait de nous dans un instant précis la victime que nous sommes devenus. Le propre du sentiment de la victime, c’est le droit à la plainte.

Opter pour la seconde réaction nous mènera au combat, nous refuserons la plainte, et nous refuserons de nous vivre comme une victime, nous chercherons chaque  jour s’il le faut (tant que nous ne serons pas arrivé au point de l’accord) le potentiel de chance qui s’offre à nous derrière le rideau du feu, sous les coups, sous les balles et les bombes.

L’option, c’est l’accord.

Évidemment, je ne parle que de ma propre résilience, ce que j’ai vécu, ce que je sais de ma résilience. Il se peut bien que pour un autre, il n’en soit pas de même.

 

Histoire de… suite.

« Que dans certaines circonstances la foi béatifie, que la béatitude ne fait pas encore d’une idée fixe une idée vraie, que loin de déplacer les montagnes la foi pourrait bien en placer là où il n’y en a pas… ». 

L’antéchrist. Nietzsche.

J’allais au gré de mes certitudes

Autant de phares sur une mer incertaine

Lorsque les lumières se sont éteintes

La mer est restée sereine.

Ses yeux brillaient de malice. Un sourire large et généreux resplendissait comme une fontaine de jets d’eau au milieu d’un jardin de roses blanches comme ses dents. Il n’était pas question que je le laisse jouer au chat et à la souris avec moi.

Le verbe aimer se conjugue de tellement de façons. Peut-être que le meilleur moyen de donner « sa » paix aux autres est de leur ficher la paix. Soit ! Il a dit cela ! Il a dit qu’il donnait sa paix, l’as-tu reçue ?

Je me sentais plus paisible depuis que je pouvais « croire ». La foi me portait en avant. C’est ce que je lui répondis sans hésitation.

Ah, tu viens de prononcer un mot intéressant, « la foi » ! Si je te suis bien, la paix n’est plus seulement une question d’amour, mais elle peut découler de la foi ! En fait, en t’accordant la possibilité de croire en une dimension divine tu t’es offert plus de sérénité. C’est donc qu’en place de cet « amour » nécessaire, il y a la décision de croire. Tu as trouvé finalement le père universel qui donne son amour sans compter ! Dit-il en éclatant de rire.

Mais c’est quoi votre définition de l’amour ? Lui rétorquai-je avec impatience.

Je n’en ai pas ! Je sais seulement reconnaître ce qui a la couleur et le goût de l’amour, mais qui n’en est pas ! Par exemple, là où il y a atteinte aux libertés, ce ne peut être de l’amour. Je vois au moins deux façons d’aimer. Celle qui veut s’approprier, et là c’est pour nos propres sensations que l’on se décide à aimer. Bien qu’on affirme le contraire. Si j’ai besoin de ce que j’aime, c’est que mon amour est suspect. Et il y a l’autre, celle qui libère et tient en liberté. Aimer c’est affranchir. Tu as parlé de foi tout à l’heure, il me semble que la phrase la plus importante que Jésus ait prononcée est celle-ci : « … ta foi t’a sauvé… ». Tu t’en souviens ? Que voulait-il dire ?

Je ne sais pas… Est-ce une forme de récompense ? Non, ça ne colle pas ! Dites-moi !

Oui ça serait pratique hein, s’il suffisait d’avoir la foi pour guérir. A moins que ce ne soit une question de qualité ou de quantité de foi. C’est une parole de liberté. « Ce n’est pas moi qui t’ai guéri, mais ce que tu as choisi de placer en ton esprit !». Le pouvoir serait-il donc dans nos pensées ? Celles qui nous rendent malades comme celles qui nous soignent. ? Moi, je choisis de placer la foi en moi-même, ainsi personne ne sera responsable de ma personne. Comment pourrai-je être libre si j’accepte qu’un tiers soit responsable de ma personne ? Un poète aviateur (A. De St Exupéry, Le petit Prince) a dit dans un de ces livres : « On est responsable pour toujours de ce que l’on apprivoise ». Le verbe « apprivoiser » est bien synonyme du verbe « attacher » et du verbe « dénaturer ». L’amour, il se reconnaît à cela, qu’il veut libérer ; si tu parviens à t’aimer correctement, tu es libre !

Expression d’existence (déjà publié)

Si cette expression de l’être se maintient par le combat que je mène à exclure ce que je ne reconnais pas de mon être, donc à me couper du monde, je suis dans une définition de l’être qui n’a pas de sens. Si je suis réellement, je ne le suis que par ma conscience, or ma conscience elle-même, est étouffée par ma volonté d’être.

Il me faut donc être dans l’abandon de la quête d’existence, me laisser gagner par le non-être pour être en relation et comprendre que c’est la relation qui me fait être et non mes efforts pour survivre.

Conversation sur le surhomme de Nietzsche

InstantEternité – Finalement l’avènement du Surhomme Nietzschéen n’a pas eu lieu et probablement il n’aura jamais lieu. A la place nous voici devant un système démocratique, celui des droits de l’homme. Le dépassement de soi a laissé sa place au rabaissement de soi pour qu’on se retrouve tous à égalité. Une égalité piétinant la liberté et je dirais même jusqu’à un certain point la fraternité. Une notion d’égalité qui au lieu de donner sa chance à tous les citoyens sert à abrutir les plus faibles et surtout à tirer vers le bas ceux qui essaieraient de grimper vers le haut.

Juan – Crois-tu que Friedrich entendait par avènement, une forme d’expansion généralisée du surhomme ?

J’ai l’impression que oui à te lire, et bien je souhaite te dire que tu te trompes, le surhomme arrive, il n’est pas encore visible parmi nous et nos sociétés, mais il arrive, il est là, sauras-tu le reconnaître ?

InstantEternité – Oui j’ai cru entrevoir des signes de surhumanité ici et là dans la société.

Mais tout ce que je demande, tout ce que je veux c’est de pouvoir le voir le Surhomme de mon vivant ! Et de savoir qu’il se généralisera sur toute la planète… cela me donnerait peut-être une chance et un espoir de renaître !!!

Voir et partir…

Juan – M’enfin ! ? il ne s’agit pas de vouloir le voir, mais il s’agit de vouloir le devenir.

Blaquière – Le problème, c’est pas la démocratie, ni les droits de l’homme, qui sont en soi de bonnes choses, mais leur détournement par la manipulation des esprits qui les empêche de penser librement.

La solution serait un enseignement généralisé des vraies connaissances.

En attendent, il s’agit de dénoncer les manipulations…

D.M – L’idée du surhomme ouvre une quête intérieure, individuelle, personnelle, propre à soi. Pourquoi en fais-tu une quête collective ? Est-ce pour ne pas avoir à porter seul le poids de ton propre échec ? Le surhomme ne chiale pas devant les obstacles. Il serre les poings et lutte.

InstantEternité – Il y a effectivement une double déception chez moi, celle que je vois chez moi mais aussi celle que j’observe dans mon environnement (société). Ma propre déception est effectivement à cause de tout ce que j’aurais voulu réaliser mais que je n’ai pas réussi, or je ressens déjà le poids de l’âge, je n’ai plus autant de vivacité ou flexibilité pour rebondir facilement même si je sais qu’il y a encore des perspectives de changement…

Juan – Le guerrier prend tout comme un défi.

Sans regret ni remord.

Il s’avance sur le chemin sans regard en arrière.

Il considère que tout ce qui lui arrive est un écho à ce qu’il est, cela lui indique quelle direction prendre.

Hyb – Pourquoi donc, croyez vous que Nietzsche ait sombré dans la folie?

Juan – Le surhumain n’est au dessus de personne d’autre que lui-même.

Mais je veux bien entendre votre version sur la folie de Nietzsche

Hyb – Le surhumain n’est nulle part. Il appartient au monde des fantômes et ne fréquente que des fantasmes. L’homme ne peut être qu’homme sur cette terre, animal social parmi ses semblables ou se désintégrer. Même les religions, les spiritualités sont impuissantes à changer son sort dans ce monde, elles ne fournissent d’alternatives que dans un ailleurs après la mort.

La démence finale de Nietzsche est un fait, qu’elle ait été précédée d’une longue période dépressive en est un autre…

Juan – Je n’en doutais pas, je voulais creuser sous votre masque et entendre une pensée plus construite, mais en effet, la démence de N. est un fait. Cependant, en chaque homme, philosophe, scientifique, etc, il ne peut y avoir que des erreurs, au cœur de sa philosophie il doit forcément y avoir quelque chose de bon.

Sur la question du surhumain, je ne pense pas que ma vision des choses soit juxtaposable avec les concepts de Nietzsche, duquel je n’ai cessé de m’écarter dans ces quatre décennies passées, pour moi et de façon la plus concise, le surhumain est celui qui a appris à se contrôler dans ce qu’il a de plus réactif, instinctif et animal. On peut voir ici l’opposition avec une philosophie qui met en « hauteur » tout ce qui est une émanation des instincts.

À cette phrase devenue si célèbre, qu’elle en est presque un adage de nos jours : Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, je préfère la règle de ceux qui n’ont pas peur du sacrifice et tel un soldat, il y a peu de temps, qui donna sa vie en appliquant une règle qu’il devait entendre respirer dans sa chair : ma vie vaut moins que la tienne.

On aime ou on n’aime pas, moi j’aime et ça vaut tous les livres de philosophie.

InstantEternité – Ce que Nietzsche déteste le plus au monde c’est le chaos et plus particulièrement l’anarchisme. Le fait qu’il met en valeur les instincts ne veut pas dire qu’il faut se comporter en animal. Le Surhomme est celui qui a un plus grand nombre d’instinct en lui, des forces intérieurs qui s’opposent les unes aux autres mais justement ce qui fait le Surhomme c’est le fait qu’il peux contrôler ces forces pour les exprimer sous forme de la volonté de puissance la plus intense possible. Sans maîtrise des ces forces internes, de ces instincts, on ne peut pas avoir l’intensification de sa volonté de puissance ce qui barre la route du Surhumain.

A chacun sa philosophie, mais si votre slogan c’est « ma vie vaut moins que la tienne », j’ai du mal à ne pas y voir soit une faible estime de soi ou bien encore une bêtise monstrueuse.

La phrase « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » a un rapport direct avec la notion de la volonté de puissance. Une volonté de puissance qui ne cesse de s’intensifier, si cette volonté de puissance ne rencontre pas d’obstacle majeure et surtout si elle est bien dirigée alors elle continuera à s’intensifier. Dans le cas contraire c’est effectivement le drame !

Juan – Nous aurons du mal à démontrer que l’instinct n’est pas le trait le plus affirmé de ce qui constitue la nature animale. Et s’il n’y a rien à espérer dans la maîtrise des instincts, il n’y aura rien à obtenir d’une nature humaine qui ne se distingue pas de la nature animale, et en quoi pourrait-elle se distinguer ? Bien sûr lorsque je pense à l’instinct, je pense aux réactions primales, celles qui posent la question de la survie individuelle avant toutes les autres, et non aux possibilités naturelles de percevoir, « d’intuiter » et de communiquer.

La phrase citée plus haut évoque en effet la volonté de puissance, c’est pour moi l’unique pulsion nécessaire au convalescent, au mal-portant en général, elle me valut de trouver force et courage bien des fois lorsque je me trouvais dans une situation médicalement, ou psychologiquement périlleuse, mais elle n’a plus aucun sens pour celui qui sait entretenir son « feu intérieur »,  celui-là na pas besoin d’être plus fort, celui-là ne craint plus de mourir;

Hell — Si, comme le dit Nietzsche, le surhomme se définit par la volonté de puissance et sa capacité a la rendre efficiente alors il n’a de surhomme que le nom.

S’il ne s’agissait que de posséder la puissance pour la puissance on tomberait dans l’absurdité.

La puissance en vue de quelque chose de supérieur, la puissance en vue de rendre possible quelque chose de hautement souhaitable, alors la oui.

Et puis qu’est ce que c’est le surhomme ? Est ce que c’est un homme qui s’est élevé au dessus des autres ou est ce que c’est le précurseur d’une nouvelle espèce, une sorte de mutant n’ayant plus rien a voir avec l’humain ?

Juan – Oui, comme je le disais plus haut, le surhumain selon une compréhension peut-être moins courante, est celui qui se tient au dessus de lui-même; lui-même étant considéré comme « trop animal ».

InstantEternité – Voilà exactement ce que Nietzsche craignait en son temps en tant que philosophe visionnaire, un prophète…

C’était de perdre nos instincts, dans une société (occidentale) où on gomme tout ce qui relève du naturel, comme l’amour, comme la fraternité, comme la vraie féminité et comme la nature elle même (on parle de cela sous l’étiquette de l’écologie). Toutes ces notions n’existent plus dans nos sociétés et vous le dites vous même « Qu’est-ce que l’instinct en 2019 ? », on ne sait même plus ce que c’est.

L’homme d’aujourd’hui n’est que l’ombre de lui même, pour le dire dans le vocabulaire Nietzschéen : Le dernier homme ! Le Surhomme n’est pas Superman mais simplement un être opposé au dernier homme, l’adversaire du dernier homme.

Juan – Cette formulation peut générer une confusion, on peut y voir une forme de dévalorisation de soi et de l’importance que l’on accorde à sa propre vie, peut-être même un signe de dépression, c’est je crois, une sorte de règle à laquelle se soumettent les hommes qui ont une mission de protéger et de porter secours à autrui. C’est certainement encore une disposition d’esprit que l’on va rencontrer dans certains mouvements religieux.

Pour moi, c’est une trajectoire. Et je ne considère que deux trajectoires, celle qui m’inspirera un comportement égoïste, dans le sens d’une formule raccourcie de la sorte : moi d’abord, et celle qui m’inspirera un comportement opposé que je formulerai aussi brièvement par : vous d’abord.

Certains verront dans la première formulation l’expression de cette « volonté de puissance », d’autres la verront dans la seconde formulation.

Je considère l’intention de sacrifice comme l’esprit qui doit générer, habiter, transcender tout acte, il n’y a pas de petits sacrifices, il n’y a que des grands.

Selon moi, pour atteindre au surhumain, il est indubitable que la nécessité de sacrifier en soi et pour soi, un grand nombre de choses, comme des habitudes, des faiblesses, des laisser-aller, des peurs, des envies, des besoins, des rêves, etc, doit se présenter et s’accepter, c’est un commencement, mais l’intention du sacrifice doit s’étendre encore en toute situation.

InstantEternité – Pour Nietzsche il s’agit de se sacrifier pour soi même. Se sacrifier pour pouvoir s’élever au-dessus de l’homme. Alors que Pour Juan, son slogan c’est « ma vie vaut moins que la tienne », il me semble qu’il s’agit là d’un sacrifice pour l’autrui pour ceux qu’on aime.

Juan – Vous n’avez pas encore assez réfléchi.

Il n’y a pas se sacrifier pour ci ou pour ça, il y a une dimension et une structure de l’esprit comme de l’âme, un élan poétique et spirituel, une architecture du cerveau qui tisse toute relation avec le monde par une trame de sacrifice.

Mais peut-être vous et moi n’entendons-nous pas ce mot, il est à votre avantage de connaître les définitions qui seules sont dans le dictionnaire.

De plus, votre traduction de N. est inexacte. C’est votre sentiment.

Nolibar – Eh bien, selon moi, s’élever au-dessus de sa condition animale, c’est justement prendre le contrôle de ses pulsions pour ne laisser s’exprimer que celles qui sont sans danger pour la pérennité de l’espèce humaine mais aussi celle du reste de la biodiversité…

Juan – Et ben oui ! ou presque, n’oubliez-pas que la pérennité de l’espèce n’est pas au centre de la question. Je dirais même que parfois, je m’en fous. Ce qui me semble intéressant dans cette histoire « d’in-animalité », c’est la musique qui en sourd timidement, ce chuchotement avec, d’abord la nature qui est juste à vos côtés, et ensuite plus loin avec le vent et là dans les feuilles dans les arbres; et le murmure d’une source qui suinte entre deux plaques minérales, et encore plus loin, cette vibration neuronale qui semble danser en écho d’un chant des sirènes cosmiques.

Un être qui s’est accompli dans sa libération animale n’a rien à craindre de la sélection, il ne peut être utilisé par les forces de la nature ni par celles de ces « co-vivants », la domination et la servitude sont impossibles pour lui, il est au-dessus de cela; parce qu’il est dans le sacrifice, il est un autel vivant.

InstantEternité – « « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain, — une corde sur l’abîme.

Il est dangereux de passer de l’autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière — frisson et arrêt dangereux.

Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but : ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin.

J’aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au delà. » »

-> Pour moi cet extrait de Zarathoustra est une définition de ce que Nietzsche entend par « sacrifice », il faut en effet un sacrifice de soi pour arriver à se surpasser…

JuanOui, mais lorsqu’on écrit avec son sang seulement. Je peux y voir encore un sacrifice qui n’est pas que pour se dépasser.

Un penseur comme N. ne se commet pas que pour lui, le penser serait de notre part une méconnaissance de ce que nous lui devons.

Raison ou folie

-> Est-il vrai que dans toutes choses existe un peu de sagesse, et pourquoi ce grain de sagesse rend les choses plus folles ? La folie naît ainsi de la sagesse mais comment une chose peut-elle naître de son contraire ? La sagesse ne serait-elle qu’une autre folie ?(InstantEternité)

 

— Mais on ne sait pas encore ce que l’on désigne sous ces termes.

La sagesse, n’est-elle pas dans le fait que l’on est capable de discerner ce qu’il y a de folie dans nos actes (la pensée est encore un acte)?

Si c’est le cas, il faut répondre non. Car dans le moment où je suis habité et mû par la sagesse je suis empli de lucidité, si la lucidité est possible et si elle est un champ ondulaire exempt de particules de folies, elle est donc le moyen de ma sagesse.

Le souci, car il faut bien qu’il y en ait un, c’est que la pensée n’est pas une production intègre, elle charie toujours des « corps étrangers », lorsque l’espace entre ces corps est assez distant, on ne les remarque pas, ni celui qui pense, ni celui qui écoute le discours mis en forme qui découle de la pensée.

Mais lorqu’il y a trop de « corps étrangers », la pensée perd de sa fluidité, de son énergie, et se comporte comme un véhicule conduit par un homme/femme qui a pris un verre de trop.

Dans ce cas, même lorsque le discours semble se fonder sur la « raison rigoureuse », pour ne pas dire la « raison pure », un auditeur attentif s’apercevra des failles et pourra se glisser dans les « fibres argumentaires » utilisées pour mieux les « ronger » (c’est une image) si telle est son intention. Ou faire semblant de ne pas les voir, parce que l’ensemble du discours proposé sert quelques intérêts tapis dans l’ombre de sa conscience.

1. Si l’on considère le « matériau » de la sagesse et de la folie, comme un matériau lisse et dense, impénétrable et inséquable, on doit aussi considérer que la sagesse est par conséquent totalement exonérée de folie et la folie totalement exonérée de sagesse. Ce seraient deux états, non pas contraires, mais opposés, comme la guerre et la paix, et l’on basculerait de l’un à l’autre au gré des courants qui entraînent nos pensées.

2. Si l’on considère ces « matériaux » comme non lisses et non denses, ils seraient donc toujours mêlés d’une proportion de l’un dans l’autre, une proportion toujours différente selon les situations. Dans ce cas, il est possible de voir une quantité de folie dans la sagesse, comme l’inverse.(Juan)

— Soit on considère que la folie et la sagesse n’existent qu’en tant qu’idées ou concepts, en marge (intellectualisée) du réel, soit on considère que dans ce réel il n’existe que des comportments plus ou moins fous et sages… (Blaquière)

— Oui, d’une façon très simplifiée et peut-être trop concise, je pense que la folie est une déraison ou une difficulté à produire de la raison, et que la sagesse est une facilité à produire de la raison.

On peut difficilement imaginer qu’elles (la raison et la déraison) opèrent d’une manière isolée l’une de l’autre. Elles sont, selon moi, aussi liées que le sable dans les deux parties d’un sablier, qu’une main intempestive retourne au gré de ses passions et de ses peurs.(Juan)

— Je suis plutôt d’accord avec votre 2ème hypothèse. Car la sagesse ou la folie n’ont pas de sens en tant que des concepts absolus, elles ne prennent un sens que si elles sont exprimées à travers une chose, à travers un acte.

J’ai un début de réponse à la question « Pourquoi un grain de sagesse dans une chose rend-elle la chose plus folle ? » -> C’est parce que ce grain de sagesse crée une dynamique dans cette chose, cela casse son équilibre sagesse/folie tout en la rendant « tumultueuse ». Pour moi c’est le résultat d’une manifestation de la volonté de puissance sur cette chose.(InstantEternité)

— Je ne sais pas, je doute. Ce n’est pas comme cela que je vis les choses.

Une chose ? Que peut-être cette chose ? Un raisonnement, une pensée distraite, un rêve, une émotion ?

Comme je vous l’ai fait savoir plusieurs fois, je ne philosophe qu’à partir de mon observation de ce qui se passe en mon cerveau. Et que se passe-t-il dans mon cerveau et dans les autres ? Tout d’abord des remous agités par les peurs, des états de surprise en général, des réactions, donc des émotions, donc des hormones.(Juan)

Pour moi, ce sont ces phénomènes biologiques qui produisent des champs de « folie ». pour les endiguer, les contenir ou les anéantir, il me faut faire appel effectivement à une volonté de puissance, celle-ci, et pour ce qui me concerne, ne fera appel (et toujours) qu’à la raison, une raison nette et transcendale.

Cette raison est la seule arme que je connaisse contre la folie, elle traque, elle rêve, elle est habitée d’une âme puissante qui est l’intention inflexible de maintenir un état non-réactif.

C’est un défi presque insoutenable d’extraire toute folie de nos actes, acter et réagir sont des opposés, la réaction est l’utérus de la folie, il faut saisir la troisième dimension mentale pour s’évader de ces systèmes binaires.

Tâchons d’être précis. Pour vous, la sagesse est elle la raison ? (Zerethoustre)

— Non la sagesse n’est pas la raison mais le produit d’une démarche rationnelle exigeante et rigoureuse.

Sachant qu’une démarche rationnelle exigeante et rigoureuse rejoint la déraison si elle n’est pas guidée par la charité, au sens étymologique de ce terme, c’est à dire ce qui émane du « coeur ». (Juan)

— Pourquoi la raison serait-elle la voie ? Parce qu’elle est celle du plus fort ?(Brooder)

— Non, ce n’est pas pour moi celle du plus fort, mais celle du plus juste.

Le plus juste, saurait-il être comparé au plus fort ?

Absolument non, je plus juste ne se mesure à personne.

Pourquoi dans les faits ?

Je pourrais me contenter de répondre, que la raison incline à l’économie en tout.

En bref, elle évite beaucoup de problèmes pour soi comme pour ceux qui nous accompagnent.

L’évitement des problèmes est encore l’évitement des solutions, voila comme je vois le sens de l’économie.

 

Zarathoustra

Chez moi, on interdisait de lire jusqu’à apporter la preuve que l’on était en mesure de défendre avec des arguments bien présentés une représentation du monde, et ensuite il fallait apporter avec d’autres arguments, tout autant bien « ficelés » les moyens de pulvériser la première représentation.

Cette condition une fois remplie (ce qui demandait des années), on avait la liberté de lire tout ce qu’on voulait, tout ce qui pouvait attirer notre attention. Personnellement, je n’ai pas réussi à lire beaucoup d’ouvrages, et ce que je lisais finissait sur le sol comme de la poussière  que les serviteurs ne tardaient pas à ramasser et jeter dans la cour.

Zarathoustra mise à part, et pour une raison simple, je m’étais échappé le jour de mes 14 ans, pour me réfugier toute une après-midi dans une librairie qui se trouvait à quelques pâtés de maison de notre fief. Comme c’était interdit, je devais faire vite pour trouver  le livre qui emporterait ma candeur, au moment où j’allais abandonner, un livre qui se situait sur une rangée bien trop haute pour que je l’aperçusse me tomba sur la tête en me faisant mal. Je crus là voir un signe venu droit du ciel, je me saisis du livre le plus vite que je pouvais et m’enfuis de la boutique sans payer. Il resta caché dans la poche de mon veston pendant trois ans, et pendant ces trois années je le savourai en silence et avec délice.

Histoire de… suite

Je ne répondis pas tout de suite, ce qu’il venait de dire me ramena à ma gitane. Elle avait ajouté en m’offrant son livre : « tu verras ! Tu y trouveras l’aide dont tu as besoin, lis-le je t’en prie ! ».

Etonné de cette générosité j’avais répété trois fois au moins « merci madame ». Cette femme m’inquiétait par sa démarche inhabituelle. Je n’ai pas attendu davantage pour reprendre la direction de l’appartement que « la famille » occupait cité du Grand Verger.

S’il y avait un sujet qui m’intéressait, c’était bien celui-là. Il me tendait la perche le « bougre ». Depuis des mois je potassais quotidiennement ce bouquin. J’étais sûr d’en connaître la matière. Je me sentais porté par le costume d’un théologien.

Bah, je l’emmène partout avec moi, je crois bien que oui, j’y trouve des réponses par tonne, vous connaissez je suppose ?

Il fit comme s’il n’avait pas entendu ma question et enchaîna sur ces mots.

« Ah bon ! Il y a tant de questions que cela dans ta tête ?  Comme par exemple ?».

Je décidai de l’imiter en ignorant la seconde partie de sa question.

Je pose le livre sur une pierre, le vent tourne les pages à son gré. Lorsqu’une page reste ouverte quelques secondes je la lis. Je trouve toujours la réponse à une de mes questions en cet instant. Est-ce qu’à votre âge on ne se pose plus de question Monsieur ?

Mes mots méritaient sans doute le large sourire dont il me gratifia, bien que je ne visse pas ce qu’il y avait de drôle dans mes propos.

A mon âge, je l’espère, on ne cherche plus les réponses dans un livre. Mais sans doute as-tu raison, on ne se pose plus beaucoup de question. On reçoit la vie d’instant en instant, conscient qu’on ne dispose que de ce temps là.

 — Je connais des tas de personnes de votre âge qui ne savent pas faire ce que vous dites, alors, ils feraient mieux de se poser les bonnes questions. Ils sont souvent prétentieux et arrogants, croient avoir tout compris de ce monde et de la vie. 

J’étais assez fier de cette répartie et me réjouissais par avance de voir comment il allait se tirer de cette estocade.

Deux rapaces tournoyaient au-dessus de nos têtes. L’épaisse chaleur que les rochers restituaient au soleil et à l’atmosphère rythmait leurs rares mouvements d’ailes. Ils surfaient leur danse sur des vagues d’air chaud et de lumière. Ma passion pour les oiseaux, surtout les rapaces, m’avait entraîné ailleurs, plus haut dans le ciel. Je suivais maintenant le fil d’une conversation céleste prononcée du bout des plumes. Lui, gardait le silence et son regard bondissait comme un yoyo des buses à mes yeux. En haut, il ne semblait pas y avoir de vent. Le mistral se réservait pour les marcheurs sur deux pieds et plus. Les rapaces ne voulaient pas danser plus loin, ils stationnèrent au-dessus de nos têtes comme pour assister à la scène qui nous concernait. Plus de dix minutes s’écoulèrent ainsi lorsque le son de sa voix me fit atterrir.

« Peut-être qu’eux aussi se posent des questions…. Peut-être bien sur nous deux… ». Ces suggestions étaient encore cuisinées à la sauce « sourire provençal » aux olives noires comme ses yeux. Puis il continua. «… Et quel genre de question un vieux comme moi devrait se poser selon le jeune homme que tu es ? ».

Je pris mon souffle comme pour sauter avant de lui répondre. Son intérêt pour mes préoccupations intellectuelles me parut sincère, la conversation avec cet homme s’annonçait légère et agréable. Cela me grisait de pouvoir nourrir ma réflexion sur tout ce qui touchait de prés ou de loin aux affaires mystiques ou religieuses.

Le monde réel (3) déjà publié

Ainsi, nous avons construit un environnement pour protéger nos rêves et cette construction complexe faite de morale, de pseudo sciences, de pseudo raison, etc, est le monde confiné que nous avons dressé afin de protéger notre univers mental qui s’est fait comme un jeu de miroir où les « je » multiples se confondent et se perdent.

Le Tonal a inventé le Nagual, nous faisons du rêve en permanence, ça ce n’est pas anormal, mais ce qui l’est, c’est que nous confondons nos rêves avec la « réalité ».

Histoire de… (suite)

« Belle journée pour marcher en solitaire, n’est-ce pas? » me lança-t-il comme pour démarrer une conversation ou me rassurer.

« Oui, j’aime bien la solitude, lui répondis-je, et j’adore cet endroit perdu ! ».

Les endroits perdus sont bons pour trouver son chemin, n’est-ce pas?

Il s’assit sur une pierre, presque en face de moi et me proposa sa gourde. Je la refusai en le remerciant car je préférais endurer la soif plutôt que de boire à un goulot étranger. Il me rendit ma politesse avec un sourire qui remontait jusqu’aux oreilles. Ce sourire, c’était évident, ressemblait à une moquerie mais je n’en laissai rien paraître. Nous restâmes de longues minutes à nous regarder dans les yeux sans prononcer un mot. Moi, parce que je nourrissais une suspicion à son égard : que pouvait bien vouloir cet homme mûr à un adolescent qui semblait un peu perdu dans sa tête en un lieu tout aussi perdu ? Et lui visiblement, profitait de ce dialogue muet pour m’explorer plus profondément. Il me fit penser dans cet instant à un médecin détaillant le patient qui entre dans son cabinet. Ses yeux ne cessaient de sauter d’un point à l’autre de mon visage, d’une partie à l’autre de mon corps. Je me souviens d’avoir comparé son regard à celui de ces hommes qui se battent contre le courant des rivières, un tamis entre les mains fixant le fond caillouteux espérant voir surgir de l’eau la pépite d’or tant convoitée. Comme on chasse le papillon exceptionnel, celui qui d’un coup d’aile reposera dans un ordre nouveau toute une vie éparpillée dans les traverses des cités, de ces cités qui nous dérobent nos intimités pour les fondre en une seule, celle du citoyen.

Le papillon, il le saisit enfin. Je le compris tout de suite lorsque je vis ses yeux rivés sur un petit morceau du livre qui dépassait de la poche de mon gilet. Suffisamment pour qu’on puisse en lire l’intitulé. En ce temps là je trempais jusqu’au cou dans les évangiles. Une femme rencontrée quelques mois plus tôt alors que je m’étais enfui de la maison, m’avait accroché sur le trottoir. Sortant de je ne sais où, elle avait posé sa main sur mon épaule pendant que je contemplais un magnifique écureuil qui se croyait à Luna-park et faisait tourner à toute vitesse la grande roue de sa cage. Je me sentis si proche de lui. J’étais bien comme cet écureuil, aussi prisonnier que lui et j’eus envie de  l’ouvrir cette porte, le libérer m’aurait donné l’illusion de me libérer moi-même.

C’était un jour magique. J’étais cloué dans ma chambre par une tempête d’une grande violence. Interdiction de sortir le vélo de collection de mon père sous la pluie. Une autre tempête avait éclaté dans la « maison », avec ma mère, à cause de devoirs scolaires non effectués. Je tournais en rond comme un félin dans sa cage implorant  une météo plus clémente. Le ciel parut sensible à mon désespoir enfantin, car trente secondes seulement s’écoulèrent lorsque je vis un cercle bleu s’ouvrir à l’aplomb de la fenêtre. Le soleil s’invitait dans mon antre, l’ouverture dans les nuages ne semblait se créer que pour moi. Les rais se faufilèrent jusqu’à mon pardessus qui pendait à la porte. Je bondis sur mes jambes : «  Incroyable ! Il doit y avoir quelqu’un là-haut qui me voit ! ». Sans perdre une seconde j’ai enjambé le balconnet et sauté sur l’herbe un étage plus bas. Mon « cheval de fer » m’attendait sagement à la cave, un vélo unique, fait à la main, avec des vitesses automatiques. Je l’enfourchai et m’envolai dans les rues du quartier. J’allai sans but précis, l’essentiel étant de dépenser cette énergie qui menaçait d’exploser. C’est devant cette cage que je m’arrêtai, elle était là, sur la terrasse d’un café.

« Toi tu es malheureux ! ». Me dit-elle, lorsque je me retournai en suivant du regard sa main qui me touchait, jusqu’à son épaule puis sa bouche et enfin ses yeux.

Tu te drogues ! N’est-ce pas ?

Non, non vous vous trompez madame ! Je ne me drogue pas ! M’écriai-je surpris et gêné à cause des oreilles tout autour.

La gitane se trompait, j’ignorais tout des stupéfiants, mais elle avait vu clair sur ma tristesse et mon désarroi.

«  Tiens ! ». Me dit-elle en me tendant un livre bleu sorti d’un des pans de sa longue jupe sans doute…

« Tu viens donc lire les évangiles dans ces montagnes pelées ? »,  lança t-il vers moi avec un petit air de provocation là où les lèvres rappellent deux pétales de rose brillants de rosée.

«  Et y trouves-tu ce que tu cherches ? ».

Tu nous tiens ?

« Dire » est un exercice, « taire » en est un autre. Peu importe ce qu’on croit devoir ou vouloir dire, ce qui importe c’est l’art. On peut se laisser prendre par l’art dans toute tâche, même celle qui oblige à ne rien faire.

L’artisanat est au service de l’esthétique, l’art est au service d’un monde attendu, toujours en attente.

Si vous voulez dire ou taire, je vous/nous conseille de le faire en étant « saisi » par l’art, car vous, nous ou quiconque ne pouvons pas nous saisir de l’art, il vous/nous échappera, c’est lui qui doit nous saisir.

Histoire de… (déjà publié)

Je n’étais donc pas un enfant facile, désobéissant et rêveur, je renâclais à la tâche. Indiscipliné et turbulent, je mettais toujours trop de temps à comprendre. Le temps de l’école arriva, J’ai traversé ces années de maternelle comme un extra-terrestre. Chaque jour, je me demandais pourquoi il fallait que je quitte la maison pour faire des gribouillis, faire la sieste dans un lit étranger, demander la permission pour aller aux toilettes ou alors se laisser aller à faire dans sa culotte. Dans le cadre scolaire, on remarqua très vite ma nature associable. Les autres enfants me regardaient à peine tellement je devais avoir sur ma figure un air sauvage et renfrogné. Le temps des récréations, je le passais le dos appuyé contre un mur de l’école. Refusant de participer aux activités de la communauté d’enfants, je finis par me faire oublier, j’étais devenu invisible. Ces deux premières années de scolarité plantèrent les racines du jeune être qui s’est constitué par la suite. Le monde m’était incompréhensible, les personnes, jeunes ou adultes parlaient une langue que j’avais beaucoup de difficulté à déchiffrer. Je précise que la langue française est toutefois ma langue maternelle. C’est comme si le système émetteur/récepteur dysfonctionnait. J’entendais bien chaque mot de la façon correcte lorsqu’ils étaient isolés. Dés qu’on les rassemblait, qu’on les mettait dans l’ordre exigé par la discipline de la phrase, un brouillard s’installait. J’en perdais des morceaux et parfois le tout. Une grande faculté d’égarement occupait mon esprit. Raison pour laquelle tout le monde s’accordait à me qualifier de « rêveur ». Lorsque la famille sortait faire ses courses dans les grands magasins, le grand frère avait la consigne de ne pas me lâcher la main. Jusqu’à l’âge de neuf ans, combien de fois m’a-t-on perdu ? Dans les zoos visités, dans les rues de la ville, alors que je marchais en compagnie de toute la famille. Dans les grandes surfaces où ma boussole interne n’écoutait plus que les influences magnétiques des rayons de confiserie. Du parasol planté dans le sable de la plage de Berk, à trente mètres de l’océan, j’ai su marcher jusqu’à l’eau, mais n’ai jamais retrouvé le chemin du retour. Il y avait bien trop de monde, trop de parasols semblables, trop de corps nus et maillotés. C’était pour mon esprit évaporé un labyrinthe inextricable. J’ai donc suivi la ligne sablonneuse que le soleil et la mer se disputaient, me disant que j’allais bien finir par tomber sur un de mes frères. J’étais désespéré et je ne pouvais savoir qu’en suivant cette trace c’est vers moi que je marchais. Symboliquement, j’ai l’impression que cette ligne entre terre et mer, entre connu et inconnu, entre intimes et étrangers est très présente à ce jour.

Adolescent, je recherchais la compagnie des crêtes montagneuses. Les sommets exerçaient une attirance magnétique sur mon âme. Dans leur solitude je trouvais la protection essentielle. Passer des journées entières à errer dans ces collines, le long des torrents, sur les causses, joua pour le jeune homme que j’étais le rôle d’un second placenta. J’aimais lire dans ces lieux sauvages et construire ma personnalité brique après brique de mes réflexions. J’y ai développé également des instincts. Ces moyens de communiquer que l’on accorde volontiers aux animaux en compensation d’une intelligence qui leur ferait défaut. La part interventionniste de ces instincts en moi, rendait plus trouble encore la ligne qui sépare les espèces humaines et animales. La nature était mon royaume et dans mon imagination, je régnais comme Tarzan sur sa jungle. Je savais pister, reconnaître l’animal à la trace, me cacher lorsque je percevais les signes d’une intrusion étrangère. Ces marques, ces repères, que je ne voyais pas dans les jardins des hommes et dans leur société, cette absence de signe et de reconnaissance, ce sentiment d’être un étranger dans sa propre maison, c’est la nature et tout ce qu’elle contient de vivant qui m’aida à le porter. Mes parents étaient de bons sujets, de dignes représentants de cette humanité sociale. J’entendais dans leurs discours toute l’incohérence du système qu’ils voulaient me faire adopter, leurs arguments me rappelaient ceux des bonimenteurs de foire. Comme je ne pouvais aimer leur vision de la vie et du monde, je devins un rebelle à leurs yeux. Dès ma dixième année, mon sentiment que les adultes étaient des menteurs se cristallisa. Ils se battaient pour que leurs enfants ne cherchent pas d’autres traces que les leurs. Ils projetaient leurs idéaux bancals, leurs projets sociaux, leurs croyances, sur leurs enfants. Leur affection et leurs bras enserrés, autant de barreaux qui se refermaient sur moi. Dès que je le pouvais je m’évadais, il y avait toujours un lieu sauvage pour m’accueillir. La nature combla le fossé, la part manquante, celle que je ne voulais recevoir de mes parents, c’est elle qui me l’offrit. C’est dans un de ces lieux de prédilection que je rencontrai l’homme qui marqua ma vie d’une façon décisive.

Je pense donc je suis (déjà publié)

–Qu’entendez-vous par « pensée » précisément ?

— Ah voila une bonne question, lorsque vous bougez le petit doigt pendant votre sommeil, vous pensez, ou du moins ça pense en vous, sinon il n’y aurait aucun mouvement.
Dans le coma, je ne pouvais bouger, mais je pensais.

Mon cœur je peux le ralentir, accélérer, le stopper, par la pensée. Dans mes cellules, des « parcelles » de pensée pour qu’elles vivent.

Nous disions : « la pensée est avant », préférez-vous le « mental », « l’esprit » ? Le sujet est maître de peut-être 2 % de « ses » pensées, le reste se pense en lui, avec ou sans son accord, avec ou sans sa participation, avec ou sans sa conscience, le sujet, est un tout petit « bout ».

Le moi et les pensées

Le phénomène qui produit la pensée, est un champ disponible à toutes les entités pouvant surgir de l’inconscient.

Le moi est une entité « fixe » mais variable, elle n’est jamais totalement la même, et c’est cette entité seule qui peut s’approprier un champ en le dirigeant autant que faire se peut. Elle est ce que l’on considère comme la « personne » consciente et décidant, mais les autres entités décident aussi, de façon anonyme normalement si la schizophrénie ne s’est pas développée, parfois, en accord avec la principale, souvent à côté, en créant des influences sur le champ de pensée du « moi ».

Le « ça » pense activement, il est comme une matière première dont vont s’emparer toutes les projections « formables », ce que tu appelles les personnages.

Moi d’abord !

Expliquez moi alors, je comprendrais peut-être votre slogan « ma vie vaut moins que la tienne ».

Cette formulation peut générer une confusion, on peut y voir une forme de dévalorisation de soi et de l’importance que l’on accorde à sa propre vie, peut-être même un signe de dépression, c’est je crois, une sorte de règle à laquelle se soumettent les hommes qui ont une mission de protéger et de porter secours à autrui. C’est certainement encore une disposition d’esprit que l’on va rencontrer dans certains mouvements religieux.

Pour moi, c’est une trajectoire. Et je ne considère que deux trajectoires, celle qui m’inspirera un comportement égoïste, dans le sens d’une formule raccourcie de la sorte : moi d’abord, et celle qui m’inspirera un comportement opposé que je formulerai aussi brièvement par : vous d’abord.

Certains verront dans la première formulation l’expression de cette « volonté de puissance », d’autres la verront dans la seconde formulation.

Je considère l’intention de sacrifice comme l’esprit qui doit générer, habiter, transcender tout acte, il n’y a pas de petits sacrifices, il n’y a que des grands.

Selon moi, pour atteindre au surhumain, il est indubitable que la nécessité de sacrifier en soi et pour soi, un grand nombre de choses, comme des habitudes, des faiblesses, des laisser-aller, des peurs, des envies, des besoins, des rêves, etc, doit se présenter et s’accepter, c’est un commencement, mais l’intention du sacrifice doit s’étendre encore en toute situation.

Le son du silence

Pour défaire une idée, est-il nécessaire de l’analyser ?

Non, je ne pense pas. Pour lâcher une pomme, est-il nécessaire de la couper en quatre ? Que peut faire notre esprit sinon construire des idées ? Quand il lui semble se débarrasser d’une idée, il en met en place quatre.

Mais il en est capable ; si on le pousse au bout de son incohérence, les idées disparaissent, non  ?

Tu es en train de dire qu’une action du mental visant à le saturer, produit une réduction de son activité et qu’ainsi il bascule dans un autre mode de fonctionnement. Quand le bruit cesse, le silence apparaît. Le silence serait-il un produit indirect du bruit ?

Faire cesser le bruit, produit le silence, non ?

Non, c’est la non activité qui « laisse la place » au silence. Le silence est là de toute façon, mais tu ne le perçois pas, et quand je dis :  « qui  laisse la place », j’entends par là bien sûr, à ta perception .

Réguler l’action du mental permet la cessation du bruit, n’est-ce pas ?

La cessation du bruit n’est pas le silence. Le mental (l’esprit) nous l’avons dit, est là pour produire des idées, il faudrait le convaincre de ne plus en produire, certes mais c’est encore une idée. Dans ce cas il s’agit d’une réduction de l’activité idéelle, d’une concentration, en bref, il s’agit d’astreindre son esprit à un minimum d’occupations. L’effort qu’il faut fournir pour cela est parfois source de vacarme intérieur encore plus grand. La bonne démarche vers une ouverture, à mon sens, ne s’entend pas avec le rejet. D’autant que l’on risque de s’accrocher encore plus fort à une seule idée plutôt qu’à cent, l’esprit ne voulant et ne sachant pas renoncer à cette dernière idée.

Pour que le silence puisse s’imposer, il faut bien que le mental se déconnecte de son fonctionnement habituel ?

Je préfère dire que le silence ne s’impose pas, il est trop timide. Ne plus avoir de pensées ne signifie pas, selon moi, que le mental a cessé de travailler, mais c’est vrai qu’il se passe quelque chose de curieux, quand on a réussi à réduire l’activité mentale à une seule pensée : métaphoriquement je dirais, que le silence vient, comme un poisson à la surface du lac surgit pour saisir un papillon, dévorer notre dernière pensée, à la grande surprise de « l’observateur».

Voir

Il est intéressant de noter qu’en apparence et sans décision délibérée, notre esprit continue de travailler. Il semble qu’il ne puisse pas s’arrêter, car même dans notre sommeil, n’est-ce pas lui qui construit nos rêves ? Je pense que l’on peut commencer par supposer qu’il y a au moins deux fonctions : la première sera sans doute l’analyse et ses différents processus comme penser = raisonner, calculer, comparer… La deuxième sera possiblement l’action de se souvenir. Nous devons comprendre que ce que nous appelons : « conscientiser », est à rapprocher de cette dernière fonction.

Cependant, personnellement, je conjugue souvent le terme : « corps », avec le terme : « mémoire », non pas parce que je pense que le cerveau n’a pas son rôle à jouer, mais plutôt pour appuyer sur le caractère « physique » du processus, c’est à dire le fait de faire passer l’information de l’état physique à l’état d’image.

Encore une fois, nous nous trouvons devant le paradoxe : contrôler le « penser » pour faciliter la remontée des informations contenues dans l’inconscient : or ces informations deviendront des pensées pour apparaître à notre conscience. C’est cette action que nous désignons comme le « non-faire » de la pensée. C’est aussi ce phénomène que l’on appelle « voir », non pas voir par les yeux, mais voir intérieurement. Les émotions naissent au point de rencontre de la connaissance du corps et de l’esprit.

Le miroir du guerrier

Quand nous regardons l’autre, c’est nous que nous voyons ; si nous critiquons, dénigrons, c’est nous que nous dénigrons. Si je ris de vous c’est de moi que je ris, je dénigre l’homme ordinaire en moi. Je me moque du souvenir que je suis comme cela aussi. Celui qui provoque mon rire peut devenir mon maître dans l’instant et pour un instant. Le guerrier est comme un coucher de soleil, sans illusion, sans désillusion, vivant.

Il n’ y a pas de distance entre nous et les autres ; seul l’homme ordinaire pense qu’il y en à une. Être méprisant, plein d’amour, ou indifférent ce sont seulement des choix ; un guerrier est sans choix, ni pour ni contre. L’humilité ne s’accorde pas très bien avec les emportements, c’est l’équilibre entre refuser de se mettre à genoux devant quelqu’un et ne faire mettre à genoux personne devant soi. Il n’y a aucune raison ni pour l’un ni pour l’autre. La voie du guerrier c’est la simplicité, l’évidence qui apparaît seulement quand on a cessé de peser, comparer, calculer.

Le « point d’assemblage »

Un guerrier n’a aucun attachement avec telle ou telle interprétation du processus de la conscience. La définition ne définit rien mais elle est pourtant absolument nécessaire. Le « point d’assemblage », c’est l’endroit ou se densifie notre énergie, cette densité entraîne sa fixité et la perception ordinaire qui en découle. Le déplacement du « point d’assemblage » est ce qui permet l’élargissement de notre champ de conscience.

Le « devoir croire »

Le « devoir croire » est une conduite paradoxale que l’on adopte face à la question de l’objectivité, c’est à dire que le guerrier sait qu’il n’existe pas réellement de solution idéale mais qu’il doit pourtant en choisir une. Untel cherchera la réponse dans un système de références ou de croyances avec un souci d’exactitude alors que le guerrier ne donnera une réponse que par rapport au poseur de la question, à un temps, un lieu, ou des conditions. Le devoir croire nous permet d’agir comme si tout est très important tout en sachant que tout est probablement fantaisie. Le paradoxe s’exprime ainsi « le guerrier ne croit en rien mais doit croire », tel est le saut périlleux de l’esprit.

Un certain art

Sans l’art de traquer nous restons prisonnier de notre propre reflet, quand vous traquez vous stoppez l’action de votre mental qui entretient toutes les représentations de vous-même et du monde. Dans l’art de traquer l’objectif concret n’existe pas ; toutes les anciennes pratiques qui initiaient à l’art se déroulaient sur le terrain, c’étaient des actions liées à la chasse. Nous subissons notre personnalité plus qu’elle ne nous avantage car elle s’interpose entre « vous et tout », entre « vous et vous », elle est ce « je » qui parle pour vous et l’art de traquer est l’astuce qui permet l’évasion.

« Je me souviens que j’oublie, je me souviens que je me souviens et j’oublie que je me souviens », nous sommes dans la mémoire de ce que nous sommes mais nous sommes aussi dans la mémoire de l’océan. Pour l’esprit, entrer dans le monde suggère une séparation d’avec le monde.

Conversation sur l’eau, ou quelque chose d’autre…

Parvenir à contrôler ses émotions, cela doit être difficile, non ? Avez-vous un tuyau ?

Le regard par « devers soi », c’est la création d’une distance qui permet d’échapper à l’effet de surprise (celui qui regarde rit toujours de celui qui agit). Se prendre au sérieux c’est s’oublier, et s’oublier c’est se laisser aspirer par ce que l’on fait, comme l’eau qui s’écoule en tourbillons agités lorsque vous ouvrez la bonde de votre évier. Elle s’oublie et disparait dans les remous.

– Votre eau à vous que fait-elle ?

– Elle demeure, ne s’écoule  pas…

La clarté mais laquelle?

La « clarté » ne peut pas être un risque d’éblouissement si c’est bien une clarté mentale. Ce serait une contradiction, si nous sommes clairs mentalement nous ne pouvons nous égarer. Le risque de dérive lié au comportement mental existe, mais il est dû à un manque de clarté. La quête d’expérience est due à notre besoin de ressentir des émotions, voilà ce que j’appelle une dérive. Ces impressions accompagnent la plupart de nos actions, un simple frisson dans le dos, la chaleur au plexus peuvent être des objets de quête, ces expériences ne sont pas une « spiritualité » mais une manifestation dépendant de nos vues de l’esprit. Pour beaucoup cela a été un piège extraordinaire, tous ces gens qui vivent des états fabuleux mais ne changent pas leur psychologie d’un iota. La clarté, c’est aussi un relatif silence mental. L’éblouissement, c’est confondre ses sensations avec le chemin même.

Un chaman est obligé de confondre pour que sa magie fonctionne, il croit ce qu’il ressent et s’il cesse de croire ça ne marche plus, il perd son « pouvoir ». Sortir de l’éblouissement c’est perdre un certain « pouvoir », croire est la plus simple forme de « pouvoir ».

Dire…. (re-publication)

Pourquoi voudrions-nous dire quelque chose et même aurions-nous quelque chose à dire sans un autre pour nous entendre ?

Oui, c’est ce que l’on croit ou prétend, la mais la vérité c’est qu’on se parle à soi, les autres sont secondaires.

J’ai rencontré des tas de gens dans des terres désertes, ils marchent sur leur chemin et tu les entends penser à voix haute. Je suis revenu dans nos villes et j’y ai vu les mêmes gens, pas seulement les SDF ou les pauvres gens en dérive mentale, non mais monsieur et madame tout le monde qui travaille à la poste ou la pharmacie, tout le monde semblait communiquer avec autrui, mais ce n’était qu’une apparence, un piège, personne ne s’intéressait à ce que l’autre avait à dire, on se pressait, on malaxait ses mots dans sa bouche excitée, attendant la pause respiratoire qui donnerait le fameux bâton à parole, et si elle ne venait pas assez vite, on l’arrachait, parlant aussi haut ou plus haut que l’autre, et parfois, il y en avait plus d’un autre, trois ou quatre qui parlaient en même temps, personne ne comprenait plus rien, mais ce n’était pas grave, ce qui importe, c’est de s’entendre soi, même lorsque cinq minutes après, on ne se souvenait plus.

« Le congrès d’arts martiaux des chats »


J’ai trouvé ce texte au fond de mon disque dur, il y séjournait probablement depuis deux décenies et je ne sais plus qui en fut l’auteur, probablement japonais.

Au Japon, il y a deux cents ans, avant l’ère Meiji, un Maître de kendo, Shoken, avait été tourmenté par un gros rat dans sa maison, toutes les nuits un gros rat venait et l’empêchait de dormir.
Il était obligé de dormir au milieu de la journée.

Il s’est alors concerté avec un ami qui élevait des chats, un dresseur de chats. Shoken lui demanda :

« Prête–moi donc le plus fort de tes chats. »

L’autre lui prêta un chat de gouttière très rapide et habile à attraper les rats ; ses griffes étaient fortes et ses bonds puissants !
Mais quand il entra dans la pièce, le rat demeura le plus fort, et le chat s’enfuit.
Ce rat est vraiment très mystérieux, se disait-il…

Shoken emprunta alors un deuxième chat, de couleur fauve, doté d’un très fort ki, une forte énergie, et d’un esprit combatif. Ce chat entra dans la pièce et combattit. Mais le rat eut le dessus et le chat s’échappa !

Un troisième chat fut essayé, un chat blanc et noir qui ne put vaincre non plus.

Shoken emprunta alors un quatrième chat, noir, vieux, assez intelligent, mais moins fort que le chat de gouttière ou le chat tigré. Il entra dans la pièce.
Le rat le regarda et s’approcha.
Le chat s’assit, très calme, ne bougea pas.
Alors, le rat commença à douter.
Il s’approcha encore, légèrement apeuré, et, soudain, le chat lui attrapa le cou, le tua et l’emporta hors de la place.

Alors, Shoken alla consulter son ami et lui dit :

« J’ai souvent poursuivi ce rat avec mon sabre en bois, mais c’est lui qui m’a griffé. Pourquoi ce chat noir a–t–il pu le vaincre ? »

Son ami lui répondit :

« Il faut organiser une réunion et interroger les chats. Vous les questionnerez puisque vous êtes un Maître de kendo. Les chats comprennent sûrement les arts martiaux. »

Il y eut donc une assemblée de chats présidée par le chat noir qui était le plus âgé.

Le chat de gouttière dit : « J’étais très fort. »
Alors le chat noir lui demanda : « Pourquoi n’as–tu pas gagné ? »
Le chat de gouttière répondit : « Je suis très fort, je possède beaucoup de techniques pour attraper les rats. Mes griffes sont fortes et mes bonds puissants, mais ce rat n’est pas comme les autres. »

Le chat noir déclara : « Ta force et ta technique ne peuvent pas être au–delà de ce rat. Même si ton pouvoir et ton wasa sont très forts, tu n’as pu gagner avec ton seul art. Impossible ! »

Alors le chat tigré parla : « Je suis très fort, j’entraîne toujours mon ki, mon énergie, et ma respiration par le zazen. Je me nourris de légumes et de soupe de riz, c’est pourquoi mon activité est très forte. Mais je n’ai pas pu vaincre ce rat. Pourquoi ? »

Le vieux chat noir lui répondit : « Ton activité et ton ki sont forts, mais ce rat était au–delà de ce ki. Tu es plus faible que le gros rat.
Si tu es attaché à ton ki, cela devient une force vide.
Si ton ki est trop soudain, trop bref, tu n’es alors que passionné. Aussi peut–on dire, par exemple, que ton activité est comparable à l’eau sortant d’un robinet, celle du rat est semblable à un puissant jet d’eau.
C’est pourquoi la force du rat est supérieure à la tienne.
Même si ton activité est forte, en fait, elle est faible car tu es trop confiant en toi–même. »

Puis ce fut le tour du chat blanc et noir qui n’avait pu vaincre non plus. Il n’était pas très fort, mais intelligent. Il avait le satori. Il avait passé tous les wasa et se contentait de faire zazen. Mais il n’était pas mushotoku (sans but ni esprit de profit), et avait dû fuir lui aussi.

Le chat noir lui dit : « Tu es très intelligent et fort. Mais tu n’as pu vaincre ce rat car tu avais un but. Et l’intuition du rat était plus grande que la tienne.
Quand tu es entré dans la pièce, il a tout de suite compris ton état d’esprit. C’est pour cela que tu n’as pu triompher.
Tu n’as pas su harmoniser ta force, ta technique, et ta conscience active, qui sont restées séparées au lieu de s’unifier.
Tandis que moi, en un seul instant, j’ai utilisé ces trois facultés inconsciemment, naturellement et automatiquement.
C’est ainsi que j’ai tué le rat.

Mais près d’ici, dans un village voisin, je connais un chat encore plus fort que moi. Il est très vieux et ses poils sont gris.
Je l’ai rencontré, il n’a pas l’air fort du tout ! Il dort toute la journée.
Il ne mange pas du tout de viande, ni de poisson, seulement de la guenmai (soupe de riz)… quelquefois, il prend un peu de saké.
Il n’a jamais attrapé un seul rat, car tous en ont peur et fuient devant lui. Ils ne s’en approchent pas.

Aussi n’a–t–il jamais eu l’occasion d’en attraper un ! Un jour, il est entré dans une maison qui en était pleine.
Tous les rats se sont aussitôt échappés et ont changé de maison. Il pouvait les chasser même en dormant.

Ce chat gris est vraiment très mystérieux.
Tu dois devenir comme cela, être au–delà de la posture, de la respiration et de la conscience. »

Grande leçon, pour Shoken, le Maître du kendo !